Requiem pour un massacre (1985)

La question n'est pas de savoir si l'horreur est "correctement" représentée, dans le sens où elle imprègne le spectateur sans trahir le drame des massacres en Biélorussie. Sur ce point, même la plupart des fanas de Rivette oublieront leurs principes anti-esthétiques face à la cohérence cauchemardesque et écrasante de ce Requiem. Les actes de guerre atroces, les cadres pensés pour maximiser le traumatisme, la fusion …

In the Loop (2009)

C'est pas brillant, mais ça m'a amusé pendant que je mangeais trois feuilles de salade, et j'en demandais pas plus. Le scénario d'In the Loop semble avoir été écrit un lundi matin par Aaron Sorkin qui se serait cogné le petit orteil droit contre la commode à l'entrée de sa chambre. C'est rythmé, nerveux, mais surtout on oublie les histoires de sauver le monde avec un journal TV, il s'agit d'un défouloir et rien de p…

La bande des quatre (1989)

Comme le dit Impétueux dans sa critique de Paris nous appartient, il est difficile d'imaginer que Rivette soit parvenu à financer ses films autrement qu'en mettant en avant ses potes des Cahiers. La Bande des quatre semble plutôt représentatif du reste de ce qu'il a signé, apparemment toujours trop long, toujours trop proche du théâtre, toujours à brasser du vent. Le cinéma c'est la vérité c'est le théâtre c'est le …

Les bruits de Recife (2012)

Le premier long-métrage du brésilien Kleber Mendonça Filho laisse présager une belle carrière de festivalier, et la sélection de son prochain film à Cannes n'étonne en rien. Son cinéma est riche en métaphores, tournant autour du contexte social de son pays, plus particulièrement sur la classe moyenne ascendante. Une population représentée avec variété et honnêteté (manifestes avec les innombrables décors intérieurs …

Outer Space (1999)

C'est une note encore moins significative que d'habitude. Ce court-métrage de l'autrichien Peter Tscherkassky, détournant les images d'un vieux film (d'horreur ?) est brutalement expérimental. Je suis satisfait de l'expérience dans la mesure où il s'agit de dix minutes de délire visuel assez inédit, mais en même temps le réalisateur avait déjà vingt ans derrière lui de travail formel sur le cinéma, et je suis d'avis…

Piège de cristal (1988)

La grammaire de McTiernan est tellement irréprochable, j'avale les incohérences du scénario sans broncher ou presque. L'action est splendidement mise en scène, et avec en plus la qualité du remaster sur blu-ray, c'est grandiose. Il y a bien quelques facilités dans la balade de santé de McClane l'immortel, genre il est caché derrière des cartons mais en fait, ha ! il s'était déjà enfui dans les escaliers pour se mett…

La fièvre du samedi soir (1977)

Euh. Le film n'a rien à voir avec l'image ringarde qu'il se traîne depuis (et à cause de) la fin du disco. Et il est même pas dans les avis de mes éclaireurs, c'est dire à quel point il s'est fait violemment fait rayer de l'histoire. Je m'étais toujours imaginé un truc à la Dirty Dancing (que je n'ai pas vu non plus, donc maintenant je me méfie), innocent et limite niais, mais Saturday Night Fever c'est Mean Stre…

Gods of Egypt (2016)

Le pire trait du dernier Alex Proyas, c'est sans doute son montage empressé et idiot. Je dirais pas débilitant, parce que mon attention ne s'abaisse pas à être concernée par de telles putasseries cinématographiques, mais on est pas loin. Qu'il s'agisse des dialogues ou des combats, tout est passé au hachoir, tout se précipite, mais pour strictement rien bien sûr. Les textes sont nuls, forcés, plein d'exposition inut…

The Killer (1989)

Ne faites pas la même erreur que moi : ne lancez pas ce film sans avoir atteint un état d'ébriété acceptable. Derrière ce prétendu classique du cinéma d'action se cache un des scripts les plus stupides et mièvres jamais écrits, boursouflé par les effets de mise en scène de John Woo que même les 80s n'excusent pas. Genre même Friedkin et Carpenter rougiraient de cette collection échevelée de surimpressions, contraste…

Les Médecins volants d'Afrique de l'Est (1970)

Traduit en des sonorités moins douloureuses à mon oreille, Les Médecins volants d'Afrique de l'Est et ses trois quarts d'heure pourraient passer pour le premier projet majeur de Werner Herzog depuis Signes de vie. Ce serait pourtant une erreur grossière que de se fier à cette durée ; en l'occurrence, il s'agit essentiellement d'une commande avare en valeur ajoutée, réalisée pour le compte d'un organisme humanitaire.…

Dernières paroles (1968)

De la même façon que La défense sans pareil de la forteresse Deutschkreutz constituait un brouillon de l'imminent Signes de vie, Dernières paroles prépare le terrain pour les visions aberrantes de Fata Morgana. Dans cet esprit, la présente bafouille ne fait qu'effleurer des mystères que je tenterai d'éclairer ultérieurement. Tourné en deux jours et monté en moitié moins de temps au milieu du projet Signes de vie,…

No Land's Song (2014)

Pour ma première Cinexpérience, j'ai été gratifié d'un témoignage que je ne me précipiterais pas à qualifier de film ni de documentaire, mais plutôt de reportage. Évidemment, la cause féministe pour laquelle se bat la chanteuse est plus que louable, mais en-dehors du montage assez quelconque, la notion de mise en scène est spectaculairement étrangère au métrage. Ce n'est pas parce qu'il montre des gens investis pour…

The Assassin (2015)

Chacun a sa définition du beau. En vieux con précoce que je suis, la mienne se rapproche de la tradition grecque : beau, vrai, utile, agréable, c'est un tout, je peine à dissocier les différentes dimensions de ces attributs. Aussi, le maniérisme visuel n'étant même pas fondamentalement une expérience plaisante, il ne m'inspire guère que de l'indifférence. Le format 4:3 qui s'avère particulièrement contre-productif d…

My Life Directed by Nicolas Winding Refn (2014)

Entre son lieu de tournage exotique et ses émanations anti-commerciales, les accrocs de la production d'Only God Forgives étaient une évidence avant même que quiconque ait posé le pied en Thaïlande. Cependant, cette situation n'était pas franchement inédite, et rien n'assurait que le film de Nicolas Winding Refn puisse faire l'objet d'un making-of notable. C'est pourtant dans ce projet que s'est vaguement lancée Liv…

Christine (1983)

Est-ce de la série B magistrale, ou bien une peinture incomprise de l'adolescence ? Commençant à connaître un peu le réalisateur, j'aurais tendance à croire que la vérité se situe entre les deux. Par contre, j'ai de la peine pour Carpenter, à l'imaginer jugé comme un metteur en scène bas de plafond jusque dans les sphères cinéphiles (certaines critiques likées m'ont fait mal au cœur, oui), alors que maquiller une ré…

Mistaken for Strangers (2013)

Coïncidence, dans sa démarche dynamique ce documentaire se retrouve très proche de 'My Life Directed by Nicolas Winding Refn', réalisé par la femme de NWR et découvert il y a même pas une semaine. Ici, en lieu et place de madame qui accompagne son mari pour la production thaïlandaise de Only God Forgives, et détourne progressivement le sujet depuis le tournage vers sa relation de couple, on a Tom Berninger qui accom…

La balade sauvage (1973)

Comme d'habitude, je juge le fond et les motivations plus que la forme. Parce que techniquement il n'y a rien à dire, la voix off détachée de Sissy Spacek, les airs boudeurs de Martin Sheen, les étendues infinies des Great Plains, la distance maintenue entre les personnages et le public, tout est au service d'une vision ironiquement romanesque, résolument désenchantée. La violence surgit indifféremment, les personna…

La Party (1968)

Coiffé au poteau d'un ou deux ans par Playtime et sa mythique séquence du Royal Garden, The Party n'en reste pas moins une comédie de tout premier ordre. Peter Sellers, grimé en acteur gaffeur d'origine indienne (je laisserai à d'autres le soin de se scandaliser sur son fond de teint, ouhlala), porte quasiment à lui tout seul la première moitié du film, succession de sketches fluide quoiqu'un peu linéaire, mais pas …

Little Odessa (1994)

James Gray tire la corde de la tragédie trop fort, trop longtemps, alors forcément ça finit par casser. Le début de Little Odessa met à l'aise, avec sa photographie appliquée et ses personnages archétypaux qui permettent de se faire très rapidement une idée de la situation ; le souci étant que le scénario ne va par la suite jamais s'éloigner des sentiers battus, plongeant avec morgue et sans retenue dans les clichés…

Buffet froid (1979)

Il paraît que Buffet froid évoque Buñuel. Je peux pas dire, je connais pas le garçon en-dehors de son toutou andalou. Par contre j'ai beaucoup pensé à un Mulholland Drive écrit par des franchouillards à la fin des années 70. La peur et l'érotisme sont remplacés par l'humour et la camaraderie, mais en-dehors de ça les mécaniques sont très similaires : brouiller et exacerber les fantasmes et les angoisses de Naomi Dep…