La Mare au diable (1846)

Le Berry de George Sand est naïf mais droit dans ses bottes, pudique mais passionné. Son conte, versé dans un parler idiomatique, tire un peu la corde du charme rural pour mettre en valeur la bonté des personnages, ainsi que leur unité avec un pays que leur action façonne. Le tableau a déjoué mes défenses en rejetant tout cynisme —ce que le premier chapitre annonçait d'ailleurs explicitement.

Brooklyn Affairs (2019)

Il aurait bien fallu trois protagonistes en moins pour éviter à Motherless Broolyn de s'empêtrer dans une intrigue à la fois trop alambiquée et trop décousue. Les classiques dont le scénario s'inspire s'en seraient d'ailleurs affranchi sans hésitation : de Fritz Lang à Billy Wilder, les enquêtes n'ont jamais importé que pour jouer de la confusion morale du personnage principal. Mais il n'y a ici d'intensité psycholo…

La Cordillère des songes (2019)

De façon assez incroyable, La Cordillère des songes est le deuxième film de l'année à me piéger devant les exactions du régime de Pinochet. Il partage avec Santiago, Italia le même titre métaphorico-géographique trompeur, la même affiche non représentative d'un homme face aux Andes, et la même indignation de salon contre les atteintes aux droits de l'homme (on est loin, notamment, du diptyque The Act of Killing / Th…

Asperger Syndrome and Anxiety (2009)

J'ai appris des choses dans la première moitié : les symptômes du SA qui favorisent le développement de l'anxiété, et les fondements des thérapies cognitivo-comportementales. La seconde moitié verse plutôt dans le développement personnel, mais principalement sur la base de l'expérience individuelle de l'auteur, ce qui est assez mince.

Bullshit Jobs (2018)

Où Graeber, avec une malice désolée, tente d'éclaircir l'émergence d'une société gangrénée de boulots inutiles et occasionnellement nocifs. Le livre, méticuleux, développe des idées aussi stimulantes que variées : dissocier un secteur de l'information du secteur des services effectifs, mettre en évidence la prévalence des métiers du care face à l'image consacrée de l'ouvrier d'usine, creuser la souffrance psychologi…

À couteaux tirés (2019)

On pourrait couper les cheveux en quatre, mais c'était un bon divertissement !

The Irishman (2019)

Il y a pas dix façons de le dire : le dernier Scorsese est nul. Une histoire de crime comme il savait en filmer, mais qui sent le moisi aujourd'hui, avec ses criminels sans épaisseur psychologique, des vieux mecs blancs tous clônes les uns des autres, et des conflits d'intérêt dont on se moque d'autant plus qu'on sait dès le départ que ça les mènera à leur perte. La dernière demi-heure, dont certains prétendent qu'e…

Psychomagie, un art qui guérit (2019)

Relecture appliquée de la psychanalyse, la psychomagie de Jodorowsky est censée alléger patientes et patients de leurs troubles respectifs, via des célébrations poétiques et individualisées. La mise en scène est minimaliste, et l'analyse critique est nulle : Jodo pourrait tout aussi bien être un gourou ayant ruiné des dizaines de personnes, son docu n'en laisserait rien paraître. Ceci étant, la suite de success stor…

Le monde animé de Grimault (2019)

Un peu naïf mais, par moments, plaisamment acéré.

Les mondes imaginaires de Jean-François Laguionie (2019)

Amusant et, par moments, plaisamment acéré.

J'ai perdu mon corps (2019)

Bof.

Le Traître (2019)

Le Traître est un maillon manquant entre Le Parrain et Gomorra, mais alors un maillon que personne n'aurait pensé à demander. Il ne se démarque ni par son côté épique essoufflé, ni par ses transgressions trop sages. Dommage que la mise en scène n'ait pas choisi son camp ; elle laisse sur les bras un film bien écrit et bien joué, mais dont je reste gênée de ne pas pouvoir extraire une identité.

L'Œuvre au Noir (1968)

Au-delà de la première impression d'esbrouffe causée par un étalage de mots obsolètes, j'ai rapidement été séduite par le foisonnement de l'Histoire réassemblée par Marguerite Yourcenar, et par la clarté des questionnements (sur l'esprit, le corps et l'âme) qu'elle y a inscrits. Zénon, son alchimiste, traverse l'aube de la Renaissance avec un désir incandescent de savoir, et chacune de ses découvertes l'élève et nou…

Les enfants d'Isadora (2019)

Il y a cette idée fondamentale que chaque geste renferme une beauté impondérable, qu'il soit chiffré sur papier, rejoué cent ans plus tard, ou enregistré avec un smartphone sur la plage. Damien Manivel, l'air de rien, poursuit la même grâce transcendante que Miguel Gomes dans Les mille et une nuits, ou Bruno Dumont dans Jeannette. Et il la frôle d'ailleurs de plus près que le père Dumont, car sa mise en scène se pré…

Tuca & Bertie (2019)

C'était bien, dans l'air du temps.

Le Roi (2019)

Netflix, producteur de contenu web, accouche toujours régulièrement de films que personne n'a demandé, mais qui trouveront leur public par la force de la promotion.

A Normal Lost Phone (2017)

Le fait de tout raconter via l'interface d'un smartphone était une contrainte créative plus fructueuse que je ne l'espérais !

Voyage à Yoshino (2018)

Kawase s'abstrait des mots pour exprimer son animisme. Deux soucis cependant : l'exaltation des dialogues qui restent est plus embarrassante qu'autre chose, et la photographie qui mélange drones, macro, brume, surexposition... peine à trouver sa voix.

Nemesis (2010)

On croit lire, avec un style trop fluide pour proposer la moindre aspérité esthétique, et une ironie trop distante pour être distrayante, la genèse lourde et hébétée d'une Amérique imbue d'elle-même, tellement convaincue par la fiction de sa gloire qu'elle ne parvient plus à aborder le présent autrement que dans le dégoût, la honte et la colère.

Autiste ? Pour nous, l'essentiel est invisible (2012)

À côté du discours lénifiant des superstars du SA, ce témoignage sans prétention d'une maman qui se bat pour élever son enfant sonne finalement très juste.