Continuer un traitement hormonal à l'étranger

Alors que je préparais un séjour de quelques mois à l'étranger, une de mes principales préoccupations était de pouvoir continuer mon traitement hormonal de substitution (THS) loin des pharmacies françaises. Il se trouve que, en prévision d'un tel voyage, les personnes affiliées à la sécurité sociale disposent d'un moyen d'accès à 6 mois de médication. La procédure, détaillée ici, n'est pas spécialement complexe, mais elle mérite sans doute une petite synthèse.

Si le séjour dépasse 6 mois (et qu'il n'est pas lié à une procédure d'expatriation couverte par un employeur français), la sécu ne prendra pas en charge le traitement. Il faudra plutôt faire appel au système social et ou à une assurance privée du pays de résidence, et aussi se renseigner sur les médicaments disponibles ou non sur place. En dernier recours, il est possible qu'une pharmacie française accepte de vous délivrer plusieurs mois de traitement, mais sans aucun remboursement.

plusieurs boîtes de Provames et de Cyprotérone

Quand est-ce que qui paye quoi ?

En règle générale, sur présentation d'une ordonnance, et quelle que soit la durée de traitement qui y est précisée, un passage en pharmacie permet de se faire délivrer au plus 1 mois de médication directement prise en charge par l'assurance maladie. Cette règle ne dépend pas de la nature du traitement, et est par conséquent tout à fait valable pour un THS.

Des exceptions existent, notamment pour les contraceptifs, dont il est autorisé une délivrance de 3 mois en une seule fois, sans procédure particulière. Et naturellement, dans le cas d'une médication conditionnée pour deux mois, comme par exemple dans le cadre d'injections bimestrielles de testostérone, la délivrance standard en pharmacie vaut pour deux mois.

Les taux de remboursement de l'assurance maladie varient selon les traitements. Le ticket modérateur (la part a priori non couverte par la sécu) peut parfois atteindre 70%. Heureusement, pour les personnes ayant obtenu une ALD, la plupart des traitements prescrits pour un THS sont pris en charge à 100%. Il est aussi possible de s'appuyer sur une mutuelle convenable pour bénéficier d'une couverture complète des frais ; cette solution convient très bien à mon traitement œstrogène + anti-androgène, comme elle a d'ailleurs convenu pour mes séances d'orthophonie et de laser.

Demande de délivrance pour jusqu'à 6 mois de traitement

La première étape pour la délivrance longue durée de THS consiste à obtenir, de la part d'un médecin généraliste ou d'un·e endocrinologue, une ordonnance qui mentionne, en substance, « départ pour X mois à l'étranger, à délivrer en une fois ». Pour ma part, comme à ce moment je n'avais pas accès aux médecins qui me suivent (joies et déboires de la vie itinérante), c'est une généraliste conciliante qui a signé cette nouvelle ordonnance.

En complément, un second document est requis : une attestation sur l'honneur. Les indications peuvent différer selon le département de votre caisse primaire d'assurance maladie, c'est-à-dire le département de l'adresse sous laquelle la sécu vous connaît (et pas nécessairement celle où vous logez...) Je conseille à cet effet de jeter un œil à la page ameli en ayant renseigné la CPAM concernée. Mais, pour avoir comparé entre plusieurs départements, il me semble qu'un modèle comme celui-ci devrait convenir partout.

Sur présentation de ces deux documents, la pharmacie où vous comptez récupérer les X mois de traitement peut désormais transmettre votre demande à votre CPAM. NB : je n'ai pas vérifié s'il était possible de s'adresser à une pharmacie hors du département de la CPAM concernée. Si le dossier est bien validé sous un délai de deux semaines, la pharmacie pourra délivrer le traitement. Si la CPAM ne répond pas à la pharmacie dans ce délai, bonne nouvelle quand même, car ça vaut ici accord.

De mon côté, comme j'étais pas assez maline pour remarquer que la procédure décrite sur le site ameli s'adressait aux pharmacien·nes, j'ai moi-même envoyé l'original de mon ordonnance ainsi que l'attestation sur l'honneur par courrier à ma CPAM. Et je confirme que ça marche : j'ai été contactée brièvement par téléphone pour confirmer mon voyage, puis l'ordonnance a été renvoyée à l'adresse déclarée pour la sécu, avec en plus l'accord de délivrance à présenter en pharmacie. :D

Derniers préparatifs

Voilà, plus qu'à trouver la place dans la valise. N'oubliez pas d'y joindre l'ordonnance, en particulier au départ de pays qui ne reconnaîtraient pas le traitement suivi en France. Par exemple, la délivrance d'acétate de cyprotérone (principe actif de l'Androcur) n'a pas été validée aux États-Unis.

À toutes fins utiles, rappels ou compléments d'information, vous pouvez vous référer sereinement à la brochure sur les THS liés aux transidentités publiée par l'association OUTrans.


Màj 12/03/19 : Les anti-androgènes couramment prescrits en France, à savoir l'acétate de cyprotérone (Androcur) et le finastéride (Propecia/Proscar), présentent des effets secondaires graves. Les témoignages à leur encontre se multiplient, notamment au sujet d'états dépressifs susceptibles de persister même après l'arrêt du traitement. J'estime que ce traitement m'a porté préjudice et je déconseillerais aujourd'hui l'usage de ces substances.

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