Quand passent les cigognes (1957)

La mise en scène est splendide, Kalatozov manie à merveille les grues, les perspectives, les plan-séquences, du grand cinéma soviétique, mais l'histoire est tellement simplette et en même temps loin de mes préoccupations, ça gâche tout. Veronika reste en ville pendant que Boris part à la guerre, il pense à elle, elle pense à lui, ils sont malheureux. Là le cousin de Boris tente de violer Veronika alors celle-ci acce…

Breakfast Club (1985)

Un huis clos avec cinq ados collés dans une bibliothèque tout un samedi, mais pas si huis clos que ça en fait : au fur et à mesure de leurs discussions, ils vont s'émanciper des images respectives dont ils se tiennent prisonniers, couvrant en parallèle de plus en plus d'espace dans la grande salle puis dans le reste du lycée. J'hésite à parler de coming-of-age, parce que les personnages ne grandissent pas franchemen…

Les ailes du désir (1987)

Wenders fait du remplissage sur la base de quelques idées sympa. Il y a qu'à voir Nick Cave, sur un vinyl, sur scène, sur un poster, puis sur scène une seconde fois ; Les Ailes du désir se répète à mort, il y avait de quoi faire un moyen-métrage à la limite, mais là c'est quatre fois trop long. Pendant 1h30 il se passe la même chose que dans les premières minutes, et il n'y a clairement pas besoin de tout ça pour dé…

The Machinist (2004)

Le fait de n'avoir vu aucun thriller depuis un bon moment me pousse sans doute à un peu d'indulgence, mais tout de même, c'est bien filmé pour ce que ça vend. Spoilers en dessous. Le contraste est réduit à mort pour toutes les scènes qui ne se rattachent pas à des souvenirs ; on pouvait craindre une image délavée et lassante mais non, la lumière et les réminiscences en question sont rythmées pour maintenir l'atte…

Cyrano de Bergerac (1990)

Moi qui prends mon pied à l'écoute des dialogues désuets et chatoyants des films de Bruno Podalydès... Cyrano de Bergerac s'est révélé un bonheur de tous les instants. D'autant plus que mes profs de collège n'ont jamais daigné m'en imposer la lecture : j'ai vibré au rythme des tirades avec l'intensité de la première fois. Il y a donc cette foi ultime en la langue française, sa richesse, sa musicalité ; je lis que…

Une nuit à l'opéra (1935)

Groucho, Harpo et Chico Marx font les zouaves et c'est presque aussi efficace que Duck Soup. Toujours ce mariage de différents types de comique, dont le dynamisme général reste encore séduisant à ce jour. Une intrigue pas très significative en fond, mais ça contribue à faire passer les frérots pour des jokers chaotiques, et puis les numéros chantants sont plutôt agréables, donc je ne me plains pas. Il y a même quelq…

Duch, le maître des forges de l'enfer (2011)

Témoignage de Duch, secrétaire communiste chargé de la gestion du centre de sécurité S21 où ont été torturés et tués plusieurs milliers d'opposants politiques et d'innocents cambodgiens, ce documentaire est une des illustrations les plus parlantes de la "banalité du mal" qu'avait formulée Hannah Arendt en écho aux procès nazis. L'éducation pervertie qui fait passer les pires exactions pour un boulot comme un autre, …

De l'influence des rayons gamma sur le comportement des marguerites (1972)

Derrière un des titres les plus sexy de l'histoire du cinéma se cache un drame social pas folichon, et qui n'a su m'emmener nulle part. Le grain des années 70 et la trajectoire de jeune veuve célibataire m'ont rappelé Alice n'est plus ici de Scorsese (sorti deux ans plus tard), bien que Newman déploie une mise en scène pragmatique, tournée vers les acteurs mais assez générique sur les autres plans (sa réputation …

Qui a tué Bambi ? (2003)

De manière inattendue, le premier long-métrage du scénariste Gilles Marchand souffre d'une écriture laborieuse et très imparfaite, une tare assez difficilement excusable pour ce genre de thriller. Les efforts apportés à la mise en scène sont significatifs, notamment le cadre glacé (quoiqu'un peu facile) de l'hôpital et la caméra, voyeuse sans en faire des tonnes. Mais le scénario est vraiment piqueté de facilités…

Still Walking (2008)

Filmer la famille, filmer les pères, les mères, les enfants : Kore-eda a prouvé son talent sur le sujet à plusieurs reprises, et Still Walking n'y fait pas exception. Formellement, c'est juste assez original pour démontrer une créativité et une bonne maîtrise du langage visuel, sans faire de l'ombre à une histoire simple et pleine d'émotion. Unité de temps (presque) et de lieu pour une réunion de famille, visant …

La dernière tentation du Christ (1988)

La barbe... Les deux premières heures sont une relecture interminable du Nouveau Testament, qui est de base assez cucul et soporifique à côte de l'Ancien. Scorsese twiste un peu les choses en plaçant des doutes dans la bouche (ou la tête, voix off à l'appui) de l'ami Djeesus, mais c'est assez inoffensif. D'un point de vue narratif, j'avais l'impression d'une hésitation constante entre un drame américain continu et u…

Winnipeg mon amour (2007)

L'esthétique rétro de ce (plus ou moins) documentaire de Guy Maddin rappelle immanquablement The Forbidden Room, mais sans le côté ludique apporté par Evan "LSD" Johnson. En fait, le jugement pourrait porter sur tout le film, pas seulement sur son rendu visuel. Maddin mélange les faits historiques, les mythes, la fiction, les souvenirs, l'aventure, dans un bordel joyeux sur le papier, mais périodiquement lassant une…

La grande illusion (1937)

Le film de Renoir est très lié à son contexte de sortie, qui est bien différent de ce que la guerre ou les relations de classe peuvent être aujourd'hui (c'est du moins mon sentiment). Je ne sais du coup pas trop quoi en penser. Ça oui, il y a un message humaniste, grand et beau, la camaraderie et l'amour entre les peuples sont exaltés, et apparemment la guerre c'est pas qu'un truc immonde, il y a moyen de la fair…

Arizona Junior (1987)

Braillard et caricatural, le troisième film des frères Coen est leur plus esthétisé à ma connaissance. On y retrouve comme d'habitude Frances McDormand et une galerie de freaks, sans pour autant sacrifier à la sincérité des sentiments. C'est après tout la plus grande force de leurs scripts : gribouiller des personnages pourris d'une façon ou d'une autre, mais avec des marques d'humanité flagrantes. Hypocrites, incap…

High-Rise (2015)

Les morceaux de musique se succèdent sans continuité et ne parviennent jamais à bâtir une ambiance. Les personnages s'alternent sans connexion entre leurs intrigues, et sans laisser le temps auxdites intrigues de se développer ; même pour Tom Hiddleston qui a le plus de temps à l'écran, impossible de comprendre certains de ses choix, impossible de suivre où il se trouve par rapport à tel ou tel pantin du scénario. L…

Les Harmonies Werckmeister (2000)

Je ne sais pas à quand remonte la dernière fois où j'avais autant été impressionné par un travail de mise en scène. Et encore, c'est mon premier Béla Tarr, donc je ne doute pas que de nombreux détails m'aient échappé. Mais se dire d'emblée, en fin de séance, que le gars est constamment aussi tatillon et inventif que Kubrick ou PTA... Ça n'est pas le genre de jugement que je suis capable de formuler à la légère, et p…

Why Don't You Play in Hell? (2013)

Difficile de ralentir son cerveau au rythme de la réalité après ce délire déjanté de Sion Sono. Si un des personnages se retrouve avec de la cocaïne barbouillée sur le visage, qui plus est le réalisateur du film dans le film, ça n'a rien d'un hasard : c'est comme ça qu'on imagine Sono sur le tournage, et c'est aussi l'effet recherché sur le spectateur. Aucun sens profond, mais l'adrénaline, l'euphorie, la joie de po…

Rois et reine (2004)

Mon amour inconditionnel pour Mathieu Amalric n'est égalé que par mon incompatibilité avec les histoires d'Arnaud Desplechin. J'arrive vraiment pas à m'intéresser à ses personnages et à leurs péripéties intimes. Non que celles-ci ne tiennent pas debout... Quoique les dialogues ne soient pas toujours convaincants. Emmanuelle Devos particulièrement, son délivré bourgeois, son articulation coincée, c'est pas possible. …

Les roseaux sauvages (1994)

Je m'aperçois que je n'avais jamais vu un seul Téchiné. Ou alors si, dans la mesure où c'est pas très caractérisé par rapport au reste du cinéma français. Les Roseaux sauvages met en scène un carré amoureux d'adolescents provinciaux, sur fond de conflit franco-algérien. Ils se découvrent, ils se cherchent, ils hésitent, se renient, s'affirment, sexuellement, politiquement, socialement. Les familles respectives sont …

Un compagnon de longue date (1989)

Longtime Companion ne vole pas sa première place sur la liste SC des films parlant du sida, même si c'est évidemment très attaché à une période et une population donnée. Et par population, j'entends non seulement homosexuelle, mais aussi blanche new-yorkaise. Le film marche parce que Norman René a vécu en direct l'émergence de la maladie au cours des années 80. En dépit des éléments fictionnels, c'est un récit de pr…