Requiem pour un massacre

Idi i smotri

un film de Elem Klimov (1985)

La question n'est pas de savoir si l'horreur est "correctement" représentée, dans le sens où elle imprègne le spectateur sans trahir le drame des massacres en Biélorussie. Sur ce point, même la plupart des fanas de Rivette oublieront leurs principes anti-esthétiques face à la cohérence cauchemardesque et écrasante de ce Requiem. Les actes de guerre atroces, les cadres pensés pour maximiser le traumatisme, la fusion de musique classique et de hurlements en des nappes de son doom ambient (si le genre n'avait pas de nom, je viens de le lui trouver), tout le monde s'y met. Il n'a même pas fallu que la forêt commence à exploser pour que je me sente super mal en fait, à cause de cette gamine aux incantations imbitables et aux grimaces terrifiantes. Bref, historiquement factuel et oppressant à mort, Klimov remplit à 100% le cahier des charges qu'il s'est fixé.

Mais ça globalement je m'en fous. Pour moi, la question est toujours plutôt de savoir ce que le film m'apporte, ici et tout de suite. En l'occurrence j'ai appris une ou deux horreurs supplémentaires de la WW2 relatives à la Biélorussie, mais c'est pas comme si je découvrais aujourd'hui que la guerre c'était crade et que ça changeait des gens en gros salauds. En dépit de son esthétique russe exotique et initialement surprenante, le Requiem ne révèle rien au cinéphile qui a vu quelques films de guerre, et ne dit rien non plus sur le présent ou l'avenir. Le scandale n'est nulle part ailleurs plus explicite qu'avec cette conclusion à base de pellicule rembobinée, censée effacer les horreurs de la guerre, jusqu'à ce que le gamin soldat hésite à tuer bébé Hitler. Pour l'effacement, c'est grossièrement contradictoire avec la démarche du film qui consiste à marquer les mémoires au fer blanc. Et pour bébé Hitler, c'est littéralement le niveau de débat de la primaire républicaine US actuelle, tout est dit. Franchement, j'ai bien du mal à voir ce que ça accomplit de me soumettre à ce déluge d'horreur.

Et en fait, pour aller plus loin, je dirais que non seulement ça n'accomplit rien, mais même que c'est nocif. Peut-on trouver la moindre satisfaction, le moindre enrichissement à s'imposer un film dont le but premier est de retourner l'estomac et de faire vomir sur l'humanité, si ce n'est l'orgueil vaniteux de s'être paluché un énième devoir de mémoire éprouvant ? Vu que ça m'intéresse pas d'essayer de partager toutes les pensées d'un gosse ayant survécu à un massacre infernal et assisté au pire sur terre, j'ai fini par saturer vers le milieu du film. Le sens des images ne m'atteignait plus, contrairement au gamin qui, le pauvre, enchaînait les déconvenues jusqu'à finir l'histoire avec une gueule de deux mètres de long. De ce fait, pour ce film, j'aurais tendance à dire que *seuls* les éclats techniques et l'esthétisation du mal rendent l'ensemble intéressant. Je laisse Rivette se retourner dans sa tombe, et je pars me coucher.