Salt and Fire (2016)

En général, je suis agacé par le procédé qui consiste à retenir immodérément un élément central d'intrigue lorsque qu'on sait pertinemment qu'il va être révélé. Herzog s'essaie à cette pratique dans Salt and Fire, mais son traitement est tellement conscient de lui-même, ironique et divertissant, que l'heure et demie s'est écoulée sans m'avoir laissé une seule occasion de ronchonner. Que l'on pense au professeur pygm…

Premier contact (2016)

Sacrée déception. Pas par rapport à mes attentes (je savais si peu des thèmes du film que j'étais presque prêt à couper court à l'expérience au bout d'un quart d'heure, avant que Villeneuve n'arrête de jouer au mystificateur de fête foraine), mais par rapport à un travail d'adaptation tout moisi. Je ne m'exclus pas de spoiler. Mais de toute façon je parlerai à peine de l'intrigue. Le langage et la perception d…

Louise en hiver (2016)

Il ne faut pas attendre de Louise en hiver des péripéties malignes, pédagogiques, ni même morales. C'est avant tout un projet d'ambiance, un travail de textures, visuelles et sonores, afin de retranscrire ce que les mots raisonnés auraient échoué à exprimer. Le film de Laguionie m'a rappelé des balades nocturnes et solitaires, doucement pensives, toujours paisibles. Louise est oubliée dans une station balnéaire à…

Tip Top (2013)

C'est un peu Dikkenek filmé par Bruno Dumont. On ne sait pas bien si ça devrait exister, mais la créature est pourtant là devant nos yeux, étrange et décalée. Ironie, tout de même, que Bozon se soit fait déchirer à Cannes et par le public un an avant P'tit Quinquin. Ils partagent pourtant une auto-dérision certaine, une enquête accessoire et sans queue ni tête, un abandon dans l'humour pince-sans-rire, et un ascé…

Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) (1996)

Agacé devant Rois & Reine, somnolent devant Jimmy P., sceptique devant Trois souvenirs de ma jeunesse, ma relation avec Desplechin était jusqu'ici assez conflictuelle. Il aura fallu les trois heures de Comment je me suis disputé... pour me réconcilier avec lui. Pour être honnête, je ne sais pas si c'est dû aux différences entre ce film et les plus récents que j'ai cités, ou bien plutôt à un changement de sensibil…

Rogue One: A Star Wars Story (2016)

Je suis pas du tout le premier fan de la saga, et je n'avais aucune attente par rapport à celui-là, mais je me retrouve à l'avoir apprécié sans fard. Ca me fait penser que la franchise, en particulier les épisodes 6, 1, 2, 3 puis 7, était pas mal étouffée par sa mythologie principale et ses histoires de cœur. Rogue One ne s'abstrait pas de clins d'œil inutiles pour se replacer dans la grande histoire (en particulier…

Looking : Le Film (2016)

Excellente conclusion pour une série qui ne l'était pas moins. Le parallèle pourra prêter à sourire, mais je trouve qu'Andrew Haigh capture les sentiments de gays à 30-40 ans avec la même justesse que Linklater et nombre de ses personnages hétéros à 20-30 ans. L'implication des acteurs et la force authentique des dialogues se fondent dans le plaisir général d'une mise en scène humble mais travaillée : bien que ses q…

Mad Love in New York (2014)

Sans doute dans mes envies pour voir où en était Caleb Landry Jones. Il avait un rôle plutôt secondaire en fait, meh. Heaven Knows What est un film assez naturaliste et stérile sur une toxico new-yorkaise et ses potes. Rien de neuf à l'horizon, des gens malheureux qui se piquent et se trompent et s'engueulent, rien qui n'ait été écrit ni montré (plus par des européens que des américains, il est vrai). Au début, avec…

Frantic (1988)

La première heure de Frantic est riche, un croisement entre Eyes Wide Shut (le basculement progressif et le cauchemar inattendu qui n'arrive pas à se terminer) et Le Locataire (isolement du personnage principal ; folie ?) saupoudré de HSS (dans la façon de dépeindre Paris, la ville lumière qui te met sur les nerfs : nombreux détails de mise en scène autour de petites gênes du quotidien, de l'obstacle agaçant de la l…

Schizophrenia (1983)

Un home invasion bien glauque dans la plus pure tradition autrichienne ; un des premiers du genre peut-être, mais je n'y trouverais pas un mérite évident. On pense aussi à Seul contre tous, le premier et remarquable long-métrage de Gaspar Noé (qui cite d'ailleurs Kargl en tant qu'influence majeure), par cette ambition de faire comprendre ce qui se passe dans la tête d'un psychopathe. Pourtant j'ai trouvé Angst assez…

La jeune fille sans mains (2016)

Des techniques graphiques remarquables et un accompagnement musical plaisamment psychédélique, entièrement gâchés par de constantes incohérences narratives. L'inspiration revendiquée des frères Grimm n'est pas un passe-droit pour la stupidité. L'absence de morale claire et le doublage insipide font encore plus tache vis-à-vis des ambitions revendiquées. Échec spectaculaire de la suspension d'incrédulité.

Vaiana, la légende du bout du monde (2016)

J'ai beau sortir les grands mots pour critiquer Sombre et évoquer le talent nécessaire à Grandrieux pour ramener à la surface de mes émotions des passions primales, je suis encore capable de pleurer comme un gamin (plus qu'un gamin ?) devant le dernier Disney, haha. Je sais pas ce qui se passe dans ma tête, les chansons optimistes quoiqu'un peu niaises, les manifestations de tendresse désintéressées quoiqu'artificie…

Paterson (2016)

Il a été reproché à Jarmusch, à raison, de jouer un peu trop régulièrement la carte de l'artiste rebelle, oisif et torturé. Dans sa sobriété, Paterson est l'antithèse brillante de cette critique. Adam Driver joue un chauffeur de bus qui s'abreuve avec parcimonie d'une routine sans éclat pour la transformer littéralement en poésie. Un quotidien dont l'insignifiance occasionnelle n'est en rien camouflée, la noirceur n…

Diamond Island (2016)

J'avais été séduit par Le Sommeil d'or, le premier long-métrage documentaire de Davy Chou, mais les espoirs que je plaçais en sa transition vers la fiction ont été amèrement déçus. Le réalisateur franco-cambodgien filme Phnom Penh avec un spleen européen assez usé. Ce détachement, s'il lui permet de dresser un portrait sans doute juste de la jeunesse locale, ne m'a pas grandement intéressé. C'était sans doute une er…

Le juste prix (1987)

tl;dr La note contraint le débat autant que le langage contraint la pensée. Alors je me débrouille avec un profil SC sans notes (en limitant les efforts). Ah, et à la fin du texte je me rapproche du sens de la vie. Prélude En terminale puis en prépa, je ne complétais que rarement mes dissertations de philosophie. La matière me passionnait, pourtant écrire relevait de la bataille. J'avais l'habitude …

Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) (2010)

Qu'on se dise qu'Oncle Boonmee ne cherche pas à faire penser autre chose, mais à faire penser autrement, et on cernera à la fois l'ampleur conceptuelle du projet, la prépondérance de la subjectivité dans l'expérience, et l'échec de la plupart des approches critiques (ce à quoi je n'aurai pas la prétention de vouloir échapper ce soir). Oncle Boonmee, c'est la proposition d'un pur transfert de l'imaginaire, en coop…

Syndromes and a Century (2006)

Dans la première moitié de Syndromes and a Century, au cours d'une de ces séquences faussement incidentes dont Weerasethakul s'est fait le chantre, un brave luron fait la découverte d'une orchidée qu'il assure rarissime, censément une des fiertés nationales de la Thaïlande, oubliée, incongrue, perchée sur un arbre quelconque, et dont les racines se dédoublent inélégamment car le lieu de pousse n'est pas idéal. Le bo…

Blissfully Yours (2002)

Premier long-métrage de fiction de Weerasethakul, plus inspiré que le pénible cadavre exquis Mysterious Object at Noon, mais pas beaucoup moins self-indulgent. La sauce n'a pas pris pour moi cette fois-ci, mais c'est à mon sens une version inaboutie de Syndromes and a Century qui m'a bien plus séduit (j'ai l'impression qu'il s'en faut de peu, cependant), donc je vous redirige vers le commentaire afférent... une fois…

Brice 3 (2016)

Comme j'avais des problèmes mais que j'ai plus l'âge de me scarifier, je suis allé voir Brice 3 à 9h15 un dimanche matin à l'UGC des Halles. J'ai regardé toutes les pubs. Ensuite j'ai regardé le film, qui ressemblait beaucoup aux pubs, genre celle pour Oasis, sauf que les fruits étaient remplacés par des bimbos et des mecs baraques. J'espérais, tout en me sachant idéaliste, trouver un film foutraque où Jean Dujar…

Strange Days (1995)

Bigelow à la réalisation, Cameron au scénario, ça fait une sacrée puissance d'exécution. Strange Days est un techno-thriller qui convoque à la fois le cyberpunk de Gibson, le romantisme noir de Blade Runner, et des préoccupations raciales que n'aurait pas reniées Spike Lee. Non que le film parvienne à atteindre le niveau de profondeur de ces références : certaines répliques sur-écrites font occasionnellement déraill…