Good Time (2017)

Une longue nuit qui n'en finit pas de foirer, dans la veine du After Hours de Scorsese (d'ailleurs en tête de liste des remerciements au générique). Le projet n'est cependant pas aussi solide ni jubilatoire. D'une part les frères Safdie troquent l'humour new-yorkais contre une violence plutôt vaine et désagréable, mais cette intensité rauque est en décalage avec la dimension cauchemardesque du périple. D'autre part,…

L'amant double (2017)

Ozon plus fidèle à lui-même que jamais, avec sa vision de la femme insidieusement rétrograde et son scénario aux dix mille tiroirs inutiles. L'ajout de sexe et de violence plus graphiques que d'habitude contribue aussi à mon exaspération : les dialogues ont beau se perdre dans des méandres psychologiques censément intellos, si une part du public refuse d'y voir un salmigondis prétentieux et vide, c'est à cause des c…

Mise à mort du cerf sacré (2017)

J'abandonne l'idée de vraiment rendre justice au quatrième long-métrage de Lanthimos, en lui accordant plusieurs heures de recherche et d'écriture... Mais si je ne devais retenir qu'un seul film de Cannes, ce serait celui-là. L'ambition de Lanthimos, justement récompensée par un prix de scénario, est de replacer la tragédie antique dans un contexte esthétique ultra-moderne, au bord du futurisme. Redistribuant les…

Okja (2017)

À la question de savoir s'il est permis de faire un film militant qui puisse aussi susciter l'excitation d'un film d'aventure (quasi) familial, Bong Joon-ho ne s'attarde pas trop et fonce dans le projet tête baissée. Et ça marche plutôt bien : on suit les péripéties assez candides de la petite Mija et de son cochon-OGM, tout en se laissant égratigner par des dénonciations de greenwashing, de vénalité, de corruption,…

Les lumières de la ville (1931)

À force d'user le mot, on peut oublier ce que désigne vraiment la générosité. City Lights et Charlot, humbles et transparents, en sont les représentations essentielles. Ce langage est touchant, parce que compris de tous mais trop rarement utilisé sans compromis, sans intérêt sous-jacent. Charlot offre sa bonté au monde, qui ne l'écoute pas ; en ça le spectateur se sent la dernière oreille, l'ultime espoir pour prése…

La grande extase du sculpteur sur bois Steiner (1974)

Le premier indice se situe dans le titre du docu : pourquoi mentionner Steiner en tant que sculpteur sur bois, alors que les images et le commentaire abordent presque exclusivement son activité de saut/vol à ski ? Moi c'est à la conclusion que je saute, mais il faut voir que Herzog s'attache à dépeindre Steiner comme un authentique martyr. Divers éléments en ce sens : la dimension presque miraculeuse de ses performa…

Le pays du silence et de l'obscurité (1971)

Je dois dire que je ne suis pas bien d'accord avec la plupart des avis que j'ai lus sur ce documentaire. Trop de regards posés sur ces sourds-aveugles, quoique bien intentionnés, me semblent toujours apitoyés. Or Herzog ne fait preuve d'aucune pitié envers ces individus, les filme de la façon la plus neutre qui soit. (Il manipule toujours un peu en coulisses, mais son absence complète de second degré de lecture est …

Fata Morgana (1971)

I keep going to a lot of places, and ending up somewhere I've already been. Pourquoi le cinéma tient-il si fort à reproduire ce que nous connaissons déjà ? Honnis soient les metteurs en scène qui se détournèrent de la transgression de leurs origines foraines, ignorèrent les expérimentations des sulfureux surréalistes, et s'attachèrent à représenter cette fichue réalité. J'entends l'excuse que leurs tombes murmure…

Trois couleurs : Rouge (1994)

La présence visuelle de la couleur éponyme est immédiatement plus frappante que pour les deux précédents volets de la trilogie des Couleurs. S'agit-il de la rendre agressive, ou bien de révéler son agressivité inhérente ? Une interrogation esthétique de plus à porter au crédit de Kiesloswski, dont la recherche ne s'arrête pas à farcir aveuglément ses films de teintes homogènes (comme trop d'amateurs s'empressent de …

Ténèbres (1982)

Il y a bien deux plans phénoménaux qui assoient le génie d'Argento, ainsi qu'un futur sample de Justice sur la base duquel est construit une atmosphère musicale envoûtante. Il faut cependant beaucoup de laxisme pour parvenir à respecter une intrigue d'enquête inutilement touffue. Argento amorce bien une auto-critique de son propre cinéma, sexiste, gore et stylisé, mais la réflexion est largement laissée à un stade e…

Trans, c'est mon genre (2016)

J'ai immédiatement repensé à "Homos, la haine", un autre docu TV qui avait fait un peu plus de bruit il y a 2-3 ans. Splendide époque où une part gerbante de la droite s'amusait à orchestrer l'homophobie à des fins électorales. Ah, le bon temps... Et maintenant les chars vénézuéliens menacent de parader sur les Champs-Elysées. Tous aux abris ! Bref, il s'avère que "Homos, la haine" et "Trans, c'est mon genre" éta…

American History X (1998)

Au début on ne comprend pas bien pourquoi le réalisateur Tony Kaye a cherché à renier son film. Mais quand arrive le flash-back noir et blanc en slow-mo avec une musique orchestrale et la caméra fixée sur de l'eau qui coule, il n'est plus possible de croire à la moindre ironie dans la mise en scène. C'est très gênant. Dans sa première heure, le scénario synthétise une rhétorique néo-nazie savante et inquiétante. …

Le Roi et l'Oiseau (1980)

Le film ne va pas tout à fait au bout de ses valeurs, ni dans son surréalisme, ni dans son amour de la langue. Il y a tout de même beaucoup de rêve, de plaisir, de douceur et de malice, à prendre dans cette aventure fantaisiste. Par ailleurs, derrière le sauvetage de la princesse s'animent les rouages d'une révolution inquiétante menée par l'oiseau manipulateur. Quand le dernier plan retentit et que le poing du robo…

La bataille de Solférino (2013)

C'est original, c'est un peu ambitieux, c'est du bel auteurisme français. Seulement : Je hais la foule. Je hais les militants, à gauche et à droite, méprisants et idiots. Je hais la mascarade des reportages télévisés. Je hais Vincent Macaigne qui passe son temps à geindre et à se victimiser. Je hais Laetitia Dosch en journaliste stressée et surbookée. Je hais les flics condescendants. Je hais le…

Voyage à deux (1967)

Quinze ans après les niaiseries de Singin' in the Rain, Stanley Donen livre une fresque amoureuse d'une maturité inattendue. Sur le dispositif narratif, déjà : a-t-on jamais vu chronologie si éclatée ? Même Hong Sang-soo, qui ne se soucie pas autant d'être rigoureux dans la construction de ses personnages, est plus ténu dans ses expérimentations ! Les quatre (?) lignes temporelles s'emmêlent, et la progression du ré…

Taipei Story (1985)

Déprime à Taipei dans les années 80. Les gratte-ciels poussent comme des champignons pendant que les locaux assistent impuissants à l'évaporation express de leurs vies passées. Morcellement familial, dettes environnantes, étouffement émotionnel, logements désincarnés, bref c'est pas la joie. Difficile de savoir si Edward Yang, pour son deuxième film, voulait tirer l'alarme contre ce nouveau monde morose, ou simpleme…

Avenir handicapé (1971)

Après avoir fait parader des handicapés pour alimenter la monstruosité ambiante et douteuse de "Les nains aussi ont commencé petits", Herzog rééquilibre la balance avec un documentaire tourné tout entier vers la question de leur intégration sociale en RFA. Ce n'est pas seulement la considération pour les handicapés qui est inversée, mais la motivation même du projet. Non plus métaphore grinçante de l'absurdité de la…

After Hours : Quelle nuit de galère (1985)

Débarrassé de ses histoires de gangster (finalement consensuelles pour le cinéphile moderne), comme Scorsese brille à jouer la comédie ! Le travaillé The Wolf of Wall Street passe pour laborieux en face de After Hours. Fougue, spontanéité et équilibre, le récit regorge de connexions cachées sans jamais enrayer le calvaire grotesque et fascinant du personnage principal. Entre la mise en scène outrée et l'onirisme lat…

Pusher (1996)

J'aime ce que je connais de NWR, mais là après un quart d'heure j'ai déjà envie d'arrêter. C'est Mean Streets au Danemark, avec une caméra à l'épaule et de la sous-exposition. Je sais que je n'arrive pas à faire preuve de patience, mais comment ignorer que j'ai déjà fait le tour de ce que le film peut proposer ? De base, l'enjeu de réalisme, j'ai tendance à le rejeter ; si j'ai envie de ressentir quelque chose, j…

Sans toit ni loi (1985)

Je ne connaissais d'Agnès Varda que le réjouissant Cléo de 5 à 7, mais Sans toit ni loi m'a plutôt refroidi. C'est l'histoire de Mona, électron libre crado, perdue entre plusieurs villages terreux. Pas de potes, pas d'ennemis, pas de désirs, pas de futur. Elle est libre, enfin, libre de vivre pour vivre, mais piégée dès qu'il s'agit d'accomplir quoi que ce soit. Figure bohème radicale mais pourtant usée, bonne à fai…