Point limite (1964)

Vingt fois moins noté que 12 Angry Men, et pourtant peut-être meilleur. Au plus fort de la Guerre Froide, Sidney Lumet se lance dans la production de cette critique du sur-armement auquel se livrent les deux blocs. Claustrophobe et paranoïaque, le résultat est une attaque directe, impitoyable et terrifiante, contre cette politique de l'escalade agressive. La sortie de Dr Strangelove quelques mois plus tôt, moins ter…

Byzantium (2012)

Je suis malheureusement resté encore plus insensible à Byzantium qu'à Entretien avec un vampire, réalisé par le même Neil Jordan une vingtaine d'années plus tôt. Il faut dire aussi que Byzantium ressemble terriblement à une redite du classique qui voyait Tom Cruise donner la réplique à Brad Pitt. Ici, le duo de vampires est joué par Gemma Arterton et Saoirse Ronan, mais les problèmes (le secret, la survie, le mal-êt…

Knight of Cups (2015)

La force de Malick, c'est de maîtriser un langage cinématographique riche de symboles et éminemment personnel (même si ça tourne souvent au challenge pour le spectateur). Sa faiblesse, en tout cas avec To the Wonder et Knight of Cups, est de chercher à magnifier la vie avec ses techniques obscures et mystiques, alors qu'au final il a très peu de choses à en dire. Christian Bale est malheureux, il traîne sa carcasse …

Le Beau-frère (2014)

Un court-métrage modeste, audacieux plutôt que provocateur, sur la perception d'un trans (et plus largement, de l'altérité) par la société algérienne. Le metteur en scène sait parler en symboles et diriger ses acteurs du début à la fin de sa vingtaine de minutes, sans chercher à épater la galerie. On sent la confiance et, avant tout, l'envie de confronter le public à un sujet épineux afin de délier les langues.

Southland Tales (2006)

C'est avec une certaine tristesse que je constate que, contrairement à Donnie Darko, le second film de Richard Kelly n'était pas à la hauteur des souvenirs de l'appréciation que je lui portais quand j'étais ado. Longuet, confus (même en ayant lu les comics prequel, c'est dire), très moyennement divertissant (beaucoup de blagues potaches qui tombent à plat), le dernier tiers qui remue un peu plus sauve l'ensemble d'u…

Jeunesse ! (2015)

Un documentaire avec une approche thématique de la jeunesse marocaine : la perception qu'ont sept jeunes, issus de milieux différents, de l'éducation, de la religion, de la politique, de leur avenir... Le montage est clair et efficace, enchaînant de façon séquentielle et fluide les différents sujets. Une des réussites du film est de parvenir à présenter des positions parfois contradictoires sans pour autant sacrifie…

Le boucher (1970)

Un thriller pas bien profond mais de bonne facture. Jean Yanne est irréprochable, attachant et inquiétant à souhait, et le travail de cadrage de Claude Zidi (dernier d'une longue liste de collaborations avec le réalisateur) est varié, fin et savoureux. Le film, qui se déroule intégralement dans un village perdu du Périgord, se double d'une lettre d'amour de Chabrol pour une France rustique et sincère (jusque dans le…

La chambre du fils (2001)

D'un évènement familial traumatisant, Moretti tire un drame qui, s'il n'épargne pas grand-chose au spectateur, ne vire jamais pour autant dans le voyeurisme. D'un moment à l'autre, la sérénité de Giovanni (joué par Moretti, aussi bon acteur que réalisateur, et ce n'est pas rien) s'effondre, et la mise en scène avec. Il y a vraiment un virage où le montage et le son, dignes et proprets, basculent dans le chaos et l'i…

Habemus Papam (2011)

Décembre. Genre je me pointe au ciné, j'ai mal à la tête, je suis crevé, j'ai pas envie de me laisser faire par un arriviste d'italien que j'ai jamais rencontré auparavant. Et pourtant. Habemus Papam est une comédie inquiète, mais son pessimisme n'a jamais rien à voir avec la satire. C'était pourtant une direction toute indiquée pour le film, qui se déroule en plein conclave, au coeur du Vatican. Mais Moretti …

Highlander (1986)

Bourré de prises de vue amples, de mouvements de caméra acrobatiques et de transitions explosives, Highlander est un spectacle technique qui ne trahirait pas son époque s'il n'essayait pas d'écraser sa concurrence du genre fantasy. Mais les 80s sont plus fortes que lui et, avec en plus les dialogues vaseux et les interprétations affectées des acteurs, il est presque impossible de le regarder autrement que comme un f…

Mia madre (2015)

Entre les souvenirs d'acclamation qui me restaient de Cannes et ma découverte récente et appréciée de Moretti, mes attentes m'ont joué un mauvais tour... Mia Madre, c'est le cinéma d'un auteur qui a besoin de parler de lui. Et il le fait avec modestie, avec sobriété, avec maîtrise, parce que c'est une nécessité personnelle, jamais un besoin d'épater la galerie, ce qui le place loin au-dessus d'un tas de réalisateurs…

Les aventures du baron de Munchausen (1988)

Trois ans après Brazil, Terry Gilliam livre peut-être avec ces Aventures la pièce la plus représentative de son oeuvre. Un festival visuel incessant orchestré au sein de décors titanesques par des caméras virevoltantes, pendant que gesticulent des personnages clownesques mais sincères. Plusieurs blagues tombent à plat, et la nature grotesque et fantastique des personnages empêche de vibrer avec eux, mais les élément…

Poétique du cerveau (2015)

Un travail à la fois inspiré et rigoureux autour des sciences cognitives (neuroscience, linguistique et psychologie, notamment). Le rythme ne paye pas de mine mais ne manque pourtant ni d'originalité ni de sagacité : en organisant méthodiquement le documentaire selon cinq segments structurellement semblables (aperçu professionnel de l'intervenant, intervention personnelle puis une longue tirade scientifique), la …

La complainte du sentier (1955)

Je surnote légèrement par rapport à mon appréciation, ayant conscience que j'avais moyen envie d'écouter les malheurs des autres ce soir. Premier film de Satyajit Ray, éminent réalisateur indien pourtant méconnu sur SC. On évoque souvent le néoréalisme italien pour parler du bonhomme, et La Complainte du sentier va clairement dans ce sens. Un drame familial profondément ancré dans un lieu et une époque, dont les per…

Down by Law - Sous le coup de la loi (1986)

Même si sa filmo ultérieure ne manque pas de bons éléments, le style de Jarmusch était vraiment à son apogée dans les années 80 (avant que le cinéma indé américain ne le rattrape, en fait). Pendant que le reste des US se roule dans les blousons de cuir, les lunettes d'aviateur, les poses outrées et les éclairages saturés, Jarmusch assume avec foi et fierté la position inverse : un cinéma du dénuement, refusant les é…

Duel (1971)

15 ans avant The Hitcher, la chaîne ABC filait un demi-million à un inconnu pour filmer un paumé et sa bagnole persécutés par un camion maléfique sur les routes désertiques de la Californie. Placements de caméra audacieux, découpage visuel visionnaire, gestion du rythme irréprochable : Spielberg est né. Aucune préoccupation humaniste à l'écran, la tension constante découlant d'un antagonisme vicieux et irrationnel, …

Johnny s'en va-t-en guerre (1971)

Il y a une moitié "Flashbacks : le film" et une autre moitié "Rollercoaster sensoriel d'un paralytique aveugle borgne sourd muet manchot cul-de-jatte". Les deux sont entremêlées, mais l'une comme l'autre sont assez grotesques et ne racontent rien d'intéressant. Overdose de voix-off aussi, comme s'il fallait un défaut de plus. Il paraît que c'est un film contre les horreurs de la guerre, mais dire que la guerre ça fa…

Le caïman (2006)

Moretti s'interroge : comment parler de Berlusconi, alors que tout a déjà été dit sur lui ? Sachant que le petit peuple a appris à fermer les yeux, à force de lassitude, sur les critiques du dirigeant trop souvent formulées par des gauchistes pas assez malins pour éviter de prêcher à leur propre paroisse, Moretti prend le problème à revers, préférant parler des italiens pour essayer de comprendre (et d'attaquer, mai…

Detention (2011)

C'est un peu comme si on avait demandé à Gregg Araki de rebooter Scream. Et qu'il avait sniffé dix rails chaque jour de la production. Tueur en série, aliens, ados dépressifs, voyage dans le temps, culte des 90s, du méta à la pelle et des intrigues liées dans tous les sens, ça n'arrête jamais et on en rate une bonne partie, mais vouloir tout appréhender c'est un peu comme vouloir trouver une cohérence globale à ce m…

Shotgun Stories (2007)

Les personnages tentent de se convaincre que leur ennui quotidien est une source de quiétude et de bonheur, mais Jeff Nichols se charge d'en révéler la vraie nature : un fléau pernicieux qui avilit les relations humaines pou peu qu'on ne le tienne plus à l'œil. Pour un premier film, l'approche formelle est aussi étrange qu'admirable : privilégier les ellipses, rejeter au maximum l'action de part et d'autre des diffé…