Night Moves (2013)

On devine Kelly Reichardt animée de bonnes intentions, mais son dernier film en date (avant l'arrivée en France de Certain Women, qui s'annonce de toute façon comme un nouveau pari de non-action) est trop silencieux, trop calme pour ne pas être, ultimement, assez inoffensif. La question de l'écologisme radical n'est pas assez frontalement formulée pour produire autre chose que des réponses en lieux communs, et la pr…

Faites le mur (2010)

Je laisse à ceux que ça intéresse le soin de catégoriser ce film en documentaire, documenteur, docufiction, biopic, prankumentary (qu'est-ce qu'il faut pas entendre). L'essentiel, c'est de constater que Banksy a complètement conscience de qui il est, et que la façon dont il le raconte rejoint parfaitement la culture dont il rend compte. Banksy, à la base je suis pas particulièrement fan, je vois ça comme du détou…

Ma Loute (2016)

Je déconseille à ceux qui n'ont pas vu le film de lire la deuxième moitié du texte, et à ceux qui aiment les critiques propres de lire les deux moitiés. Merci, bises. Je ne suis pas formaliste dans le sens où je peux me contenter d'un film qui a tout misé sur une esthétique maniérée. Par contre, si la mise en scène fait preuve de suffisamment d'originalité, il y a de fortes chances que je sois interpellé. Et si l…

True Romance (1993)

En le lançant, je ne me souvenais pas avoir déjà vu ce film, il n'y a que deux scènes qui m'ont mis la puce à l'oreille : le polymexican standoff final, et le moment où monsieur monte sur deux gros annuaires pour faire l'amour à madame dans une cabine téléphonique. Croyez-le ou non, à un moment de ma vie j'avais une private joke sur le fétichisme des bottins. Un plan inoubliable, du coup. Mais autrement ouais, Tr…

Visite ou Mémoires et Confessions (1993)

Le film est trop littéralement son titre : une moitié "visite", un quart "mémoires" et un dernier quart "confessions", entrelacés de façon aussi humble et malhabile que par ces "ou" et "et". La partie visite est sans doute celle qui fonctionne le mieux : la caméra et un duo de voix hors-champ parcourent la demeure de 40 ans d'Oliveira, hantée par une quantité indicible de souvenirs tout autant que par le décès du…

Les chats persans (2009)

J'aurais aimé dire du bien de cet équivalent fictionnel du récent No Land's Song, qui montre une jeunesse iranienne tentant d'affirmer une culture musicale en dépit de la répression institutionnelle. Les premières minutes rendent justice au dynamisme de cette scène rock underground et aussi du cinéma iranien, hélas la surprise ne fait pas long feu. Le réalisateur ne parvient pas à concrétiser son concept autrement q…

La nuit nous appartient (2007)

Nan mais c'est quoi ce délire, j'ai compté huit perches dans le champ. HUIT. Et je suis sûr d'en avoir manqué. M'enfin, à part si tu te revendiques de la Nouvelle Vague c'est pas possible. Déjà deux ou trois ça suffit pour casser des montagnes d'immersion, alors huit...! Il regardait jamais ses rushes James Gray ou quoi ? Je comprends vraiment pas. D'ailleurs mon incompréhension s'étend au dernier tiers du film, …

La sonate à Kreutzer (1956)

Comme l'a dit Noël Herpe au Reflet Médicis : Rohmer revient de loin. La Sonate à Kreutzer est un moyen-métrage plutôt balourd, trop révérencieux envers la littérature, à la limite de l'auto-dépréciation. Ce qui va, après tout, avec le protagoniste complexé et jaloux interprété par Rohmer lui-même. Le film a un intérêt bien plus historique qu'intrinsèque, affalé dans des traits de mise en scène moroses contre lesquel…

La mort tragique de Leland Drum (1966)

J'ai cherché des textes pour m'expliquer cet acid western existentialisto-bullshit, mais personne ne s'est amusé à broder là-dessus comme les experts le font sur The Searchers de Ford, personne ne m'a convaincu. Après Two-Lane Blacktop, Monte Hellman confirme que sa capacité à rendre un template cinématographique chiant et pompeux ne s'arrête pas au road-movie. En tout cas j'ai vraiment pas la patience pour ce pseud…

Julieta (2016)

Les secrets passionnels des années 90, la question narrative des années 2000, la plastique des années 2010 : le dernier Almodóvar, malgré ses allures modestes, brasse beaucoup d'éléments de sa filmographie. Le mélo est compact, sans temps mort ; les secrets et les retournements tragiques se succèdent, perdent certainement en intensité par rapport à ses drames précédents, mais alors au profit d'une assurance, d'une c…

Rio Bravo (1959)

Ma foi, c'est un peu inespéré. Depuis la petite déconvenue The Searchers et la déception Stagecoach, je n'aborde plus les westerns classiques sans méfiance, mais Rio Bravo a bien marché. Rien de révolutionnaire, c'est même plutôt modeste, il y a une dimension "huis clos en ville" car on n'en sortira jamais, de Rio Bravo, on ne se baladera jamais dans les grands espaces ocres et désertiques, mais ça profite clairemen…

Buried (2010)

Voilà donc un survival coincé dans une boîte dont le réalisateur n'a fatalement pu tirer aucune qualité esthétique, avec un gars que j'avais envie de voir clamser au bout de dix minutes. Parce que non content d'être impulsif à un point proche de la stupidité, le type est chiant et normatif au possible, bref tout pour m'insupporter. Qu'on n'aille pas me dire que ses prétendues crises d'anxiété excusent les dizaines d…

Purple Rain (1984)

Une fois mais pas deux. C'est pas l'introduction idéale à Prince que j'attendais, mais ça fera l'affaire. En fait Prince est sur scène au plus un tiers du temps du film, et le reste est un mélange de musique des 80s moins glorieuse (d'autres groupes) et de scènes narratives pas folles. Non qu'elles soient déplacées ; elles mettent relativement bien en perspective d'où vient la musique de Prince, un mélange d'amour, …

La bûche (1999)

Téléchargé il y a huit ans. Allez savoir pourquoi. Un des grands irréductibles que je gardais dans un coin et que, le temps passant, je me sentais toujours plus investi du devoir de lancer. Ou en tout cas, j'avais de plus en plus de scrupules à l'idée de le supprimer. Ce soir, clap de fin. La Bûche comporte littéralement une recette de dinde de Noël, plantée au milieu de son générique, mais c'est bien la seule ch…

L'étrange créature du lac noir (1954)

Non. Si les premiers plans de la forêt amazonienne impressionnent et que la première séquence tournée sous l'eau surprend, cette vieille série B déraille rapidement et s'achève dans un chœur de stupidité impardonnable. L'ironie de cette intrigue basée sur la recherche d'un certain chaînon manquant entre les bestioles aquatiques et l'homme, c'est qu'on y retrouve toutes les horreurs cinématographiques encore d'act…

Café Society (2016)

Malheureusement, je peine à comprendre l'enthousiasme qui accompagne la sortie du nouveau Woody Allen. Pour l'humour il faudra repasser. Je tourne définitivement la page des expérimentations mal-aimées de To Rome with Love, ici règnent les répliques inoffensives, conventionnelles, pataudes, qui font presque honte au verbe incisif et féroce de ses classiques des années 70 et 80. Vu le lendemain de Ma Loute, c'en est …

The Wolfpack (2015)

Encore quelqu'un qui confond globalement reportage et documentaire, heureusement le sujet est assez inédit et en évolution (le tournage du film lui-même ayant sans doute pesé sur les événements auxquels on assiste) pour maintenir l'attention. C'est vraiment ça qui sauve le film en fait, le fait de voir, en direct, des gens accepter du changement, reconnaître des erreurs, ne pas se cacher derrière la honte et la peur…

Green Room (2015)

Devant ce genre de projet je repense à The Conjuring, où James Wan avait décidé de jeter la plupart des tares et des facilités dont s'était affublé le genre horrifique au cours de la dernière décennie. Jeremy Saulnier a fait la même chose avec le survival. Les quelques facilités/clichés qu'il se permet (planque souterraine, trahison chez les méchants, romance de mélo, chien de Tchekhov) ne tardent jamais à se révéle…

L'impasse (1993)

Le conte du gangster qui tente de décrocher, on l'a déjà vu cent fois (c'est l'histoire du cinéma de Michael Mann ça, non ?), alors il y a d'autant plus de mérite à en présenter une version qui touche encore au cœur. Excellent rythme et superbes compositions picturales orchestrées par un De Palma en force, qui n'a aucun problème à retourner quinze ans en arrière pour ressusciter avec efficacité et naturel les 70s. U…

Le Cheval de Turin (2011)

Depuis près de deux ans, je me découvre particulièrement réfractaire aux cinémas qui manifestent un pessimisme absolu et irrationnel, au point presque de posséder un repère pour l'attribution de mes notes minimales : The Tribe, Au hasard Balthazar, Dancer in the Dark, Biutiful, Festen, Hunger, vous voyez le tableau. Il s'avère que le programme de fond du Cheval de Turin n'est guère éloigné, mais Béla Tarr ne chercha…