Cris et chuchotements (1972)

La mise en scène de Bergman est toujours aussi engageante. Chaque scène, chaque plan a sa valeur, et invite à être lu en profondeur. Toutefois, après avoir vu Les Fraises sauvages et surtout Persona, cette élucidation est moins gratifiante. Les thèmes développés sont en effet très similaires : repli émotionnel, façade sociale, défis liés au genre féminin. Par ailleurs, la photographie est splendide, mais le motif bl…

Le Château ambulant (2004)

Miyazaki a un bon mot pour tout le monde : les soldats qui font des avances indésirables à Sophie, la sorcière des Landes et son amour jaloux, madame Suliman qui finit par arrêter la guerre d'un claquement de doigts avec un sourire en coin, et même Hauru qui se soucie plus de sa teinture que de sa famille de substitution. Bien sûr, la prévalence de l'amour et de la compassion font l'attrait émotionnel du film, et…

Le Roi de l'évasion (2009)

Bien que la photographie et le montage soient moins oniriques que dans L'Inconnu du lac ou Rester vertical, le troisième long-métrage de Guiraudie l'établissait déjà comme une voix importante du cinéma : parce qu'il écrit des personnages gays qui ne sont pas queer, parce qu'il montre une sexualité qui ne glorifie pas la jeunesse ni la perfection des corps, et encore parce qu'il filme la ruralité (et plus particulièr…

L'Apollonide (Souvenirs de la maison close) (2011)

C'est peut-être moi qui ai l'esprit encombré, mais il me semble que des programmes incompatibles s'affrontent dans L'Apollonide. En quoi le tableau timidement naturaliste d'une maison close en 1900 peut-il fournir un commentaire sur la prostitution contemporaine (comme le prétend clairement l'ultime scène) ? Est-il bien sérieux de s'adonner à une décadence de costumes et de musique, face à un enjeu social dont le fi…

Yume Nikki (2004)

Yume Nikki ne semble pas se soucier d'être joué ou non ; son existence propre est sa première réussite, sa principale préocupation. L'exploration libre des cauchemars de cette fille recluse, peuplés d'autant de déserts labyrinthiques que de créatures indifférentes, trace un portrait kaléidoscopique aux teintes d'isolement social et de violence traumatique, où les pinceaux se mêlent aussi de questionnement de genre e…

Nashville (1975)

La satire des artistes, producteurs, politiciens... qui gravitent autour de Nashville, ambitieux·ses ou hypocrites, incrédules ou désenchanté·e·s, est déjà appréciable en elle-même. Mais la forme chorale du scénario de la collaboratrice d'Altman, Joan Tewkesbury, y ajoute le plaisir du puzzle : en tant que public, il s'agit d'identifier les pièces des personnages, repérer à la volée lesquelles s'emboîtent, se glisse…

Akira (1988)

Revu après quelques années, le scénario est bien plus simple que dans mes souvenirs. Le travail d'adaptation a permis d'écarter les innombrables aller-retours artificiels qui encrassent le manga. L'animation fait honneur aux dessins d'origine, une galerie d'aliénation urbaine. Et l'accent narratif mis sur les émeutes sociales renforce l'ambiance cyberpunk, à défaut de proposer une histoire franchement originale. La …

Jours de tonnerre (1990)

Les gentils gagnent, la donzelle saute sur le héros : le scénario est assez vaseux. Le traumatisme lié à l'accident aurait pu constituer plus qu'une séquence narrative, mais bon, forcément ça ne vend pas autant. Par contre, j'aime toujours autant le travail esthétique de Tony Scott, ou du moins de l'équipe qu'il dirige à chaque nouveau film. Décors maximalistes, photographie et musique exacerbées, montage rythmé …

Le voyage de Morvern Callar (2002)

Le portrait est plutôt arbitraire, mais chaque plan vibre du dévouement d'une femme réalisatrice pour la protagoniste à laquelle elle a décidé de donner vie. Quoique moins caractérisée que dans le précédent Ratcatcher, la photographie reste très soignée. Et la bande-original témoigne d'un goût et d'un éclectisme encore plus rares : Aphex Twin, Boards of Canada, Can, Taraf de Haïdouks...

Cuphead (2017)

Pour respirer, j'avais besoin d'un jeu sans message, qui n'exige rien du cerveau, à part peut-être l'accomplissement de quelques fonctions reptiliennes... Le design des multiples boss est varié et stimulant, mais une fois les patterns bien assimilés, il ne s'agit guère plus que d'exécuter les bons réflexes aux bons moments. L'histoire est un prétexte creux pour simuler une progression vers un but insignifiant. …

BoJack Horseman (2014)

Pendant les deux premières saisons, la coqueluche animée de Netflix me rappelait incessamment Mad Men, retravaillée pour un plus large public sur la base d'un humour rythmé et raisonnablement acide. Ça se regarde très bien, mais ça tenait un peu de la redite, qui plus est affaiblie par le constant second degré qui empêche les éléments dramatiques de remuer en profondeur. Et puis, pour les deux saisons suivantes, …

Tess (1979)

D'habitude, je parle avec réserve de Roman Polanski. Il reste impliqué dans (au moins) une affaire criminelle et immonde dans les années 70. Mais le feuilleton judiciaire qui a suivi, surmédiatisé et interminable, un différent jeu de pouvoir, bien qu'il ne m'écœure pas autant, me laisse dubitative. Par ailleurs, depuis Repulsion jusqu'à La Vénus à la fourrure, Polanski et ses actrices ont régulièrement composé des p…

DMT: The Spirit Molecule (2010)

Plusieurs intervenant·e·s de ce documentaire semblent avoir des connaissances dignes d'être partagées au sujet du psychotrope. Malheureusement la mise en scène leur fait gravement défaut. Le montage, peu structuré et sans introduction, éparpille ses objectifs, ne parvient pas à choisir, peine à communiquer un message durable. La première demi-heure est émaillée de théories qui, sans être farfelues, n'ont fait l'o…

Au-dessous du volcan (1947)

Journal d'une odyssée alcoolique et infernale, Under the Volcano se démarque par une narration intensément psychologique, qui colle à l'indécision, à la confusion et à la souffrance de ses trois personnages principaux. Le style, expressionniste dans son adhésion subjective à ces âmes perdues, et simultanément d'un vocabulaire riche et exigeant, donne son intérêt à la lecture, mais la rend aussi particulièrement diff…

Pluie noire (1989)

L'adaptation d'Imamura dévie significativement du roman d'origine. La mise en retrait du bombardement d'Hiroshima permet au réalisateur de rejoindre un de ses thèmes de prédilection : les parias et les oublié·e·s de la société japonaise, à travers les victimes des retombées radioactives de l'attaque (et aussi un soldat atteint de PTSD). L'impact des cadavres carbonisés et des chairs disloquées dans un champ de ru…

Bitter Lake (2015)

Le collage pratiqué comme mise en scène donne au documentaire une variété de tons qui confirme la complexité des enjeux économiques, politiques et sociaux avec lesquels jonglent les dirigeants de tous pays. Mais je ne pense plus avoir besoin de compléments sur l'histoire combinée de l'Afghanistan, des États-Unis et de l'Arabie Saoudite, pour savoir que le monde occidental est aussi sale que le reste des acteurs de c…

Into the Inferno (2016)

Dans son plus récent documentaire, Herzog reste fidèle à ses convictions : poursuivre des vérités qui transcendent l'individualité, et les saupoudrer d'images envoûtantes, à la limite de l'abstraction. La dimension internationale du projet est particulièrement impressionnante : Herzog et son comparse volcanologue, Clive Oppenheimer, se déplacent nonchalamment de l'Islande à l'Indonésie, de l'Éthiopie à la Corée du N…

L'œuf de l'ange (1985)

La symbolique chrétienne relève à nouveau du coffre à exotisme, babioles vides de sens, que l'animation japonaise réouvre trop régulièrement. Mais après tout, pourquoi pas ? L'œuf de l'ange est un poème libre plus qu'une histoire, ou même un conte ; et l'ombre d'un dieu vengeur s'accorde avec l'organique damné autant qu'avec le futurisme aliéné. J'en viens à regretter un peu que la putrescence de l'atmosphère soit e…

L’Empereur Tomato-Ketchup (1971)

Les enfants prennent le pouvoir, envoient les adultes récalcitrants en camps de concentration, et se vautrent dans l'oisiveté. Ce film japonais rebelle tourne en ridicule les empereurs ou les soldats qui brandissent leur autorité arbitraire pour rappeler leur suprématie, alors que, le reste du temps, ils n'éprouvent et ne manifestent qu'une indifférence totale à l'égard des autres, absorbés qu'ils sont par leur r…

Meurtre dans un jardin anglais (1982)

Le deuxième long-métrage de Peter Greenaway laisse penser que son inimitable style baroque avait déjà trouvé une maturité dans le développement des multiples courts-métrages qui ont précédé son passage au grand écran. Les dialogues, codifiés dans leurs tournures précieuses et leurs scansions uniformes, se disputent aux actions des personnages, festival de vices a priori inavouables. Même dans les situations où l'…