L'exercice de l'État (2011)

Radiographie précise et nerveuse du pouvoir politique français, qui suscite une incessante lutte propre à pervertir, d'un combat au suivant, l'air de rien, tous les idéaux des personnes qui s'y jettent. Ici, la solitude au sommet est moins une affaire de mépris de classe que de retranchement intérieur face à des responsabilités impondérables. Assiégé, Olivier Gourmet livre une performance captivante.

Punishment Park (1971)

Cinquante ans plus tard, ce faux documentaire demeure un des plus frappants constats des tensions sociales qui minent les États-Unis. Difficile de dépiler tout ce dont le film est témoin : inégalités socio-économiques, moralisme hypocrite, dispute du langage politique, violences policières, militarisme aveugle, invulnérabilité des pouvoirs en place, culture des armes à feu, menaces contre la presse...

Vision aveugle (2009)

Watkins sait se faire pardonner quelques descriptions méthodiques et difficiles de hard SF, en se livrant à des interrogations obsédantes sur la nature de la conscience. Presque sans prévenir, le transhumanisme de ses personnages bascule dans une remise en question de la perception prévalente d'une conscience atomique et captive. Quant aux péripéties développées en huis-clos autour d'un premier contact extraterrestr…

Drôle de drame (1937)

Les dialogues de Prévert sont un peu facétieux, mais l'évolution du cinéma français les inscrit rétrospectivement dans un classicisme artificiel et plutôt daté. À côté, les interprétations, quoique tout autant produits de leur temps, sont si chaleureuses et exubérantes que je les trouve encore engageantes. De quoi, en tout cas, faire à peu près avaler une histoire farfelue et légère (ce n'est pas la mise en scène qu…

Ni vieux, ni traîtres (2006)

Entre reportage désintéressé et militantisme revendiqué, ce documentaire autofinancé s'intéresse aux membres de groupes libertaires des années 70-80, dont certaines actions violentes avaient défrayé la chronique. Sans surprise, l'histoire a trouvé plus facile de retenir les assassinats perpétrés sur des grands patrons, plutôt que les pompes passées en contrebande pour permettre des avortements pendant l'Espagne fran…

Les Funérailles des roses (1969)

Plongée underground dans le Tokyo de la fin des années 60, où l'homosexualité masculine et l'expression de genre féminin pouvaient se mêler facilement. Le film est plus intéressant pour son aspect documentaire que pour ses expérimentations cinématographiques en cul-de-sac. Dommage que la partie fictionnelle, qui reprend le mythe d'Œdipe, soit plombée par des clichés hollywoodiens avant l'heure (le gay/travesti est u…

10e chambre - Instants d'audience (2004)

Depardon filme des audiences judiciaires, avec une discrétion problématique : il ne faut en effet pas croire que l'absence du cinéaste à l'écran contribue à la véracité du documentaire. Sans s'expliquer sur le choix des audiences retenues au montage, ni sur le choix de ne montrer que les audiences parmi les séances, ni sur le choix de cette chambre et de ce tribunal en particulier, il omet des informations capitales…

Horace and Pete (2016)

Bien que les frasques affligeantes de Louis C.K. n'avaient pas encore pesé sur sa réputation, Horace and Pete se déployait déjà dans une ambiance étouffée, crépusculaire. Moins expérimentale que Louie, mais aussi plus intime, la série aborde un certain nombre de problèmes sociaux. Ni critiques, ni emphatiques, les scènes n'ont rien de pontifiant, mais s'enchaînent sans motivation d'ensemble. La structure et l'authen…

The Devil's Carnival (2012)

Excellente direction artistique, autant au niveau des décors que des costumes ou des maquillages, qui mélange le cirque et le macabre, sans jamais tomber dans le ridicule. De la part du réalisateur des épisodes 2 à 4 de Saw, l'absence de gore est aussi surprenante que bienvenue. Les compositions musicales et leurs ruptures fréquentes demandent un peu d'adaptation, mais prouvent aussi la volonté de ne pas s'appuyer s…

Surface(s) (2017)

Un jeune court-métrage dont les images libres évoquent Godard, dont la voix-off évoque Chris Marker. Le résultat est conforme au programme pressenti : raconter un vide intérieur fondamental. Mais je m'interroge tout de même sur le bien-fondé de cette ambition. Puisque ce vide autour duquel se définissent les personnages n'est guère plus que l'angoisse bien connue des existentialistes : n'est-il pas fallacieux de le …

Enfin pris ? (2002)

Première fausse note pour Pierre Carles. Suite spirituelle de Pas vu, pas pris et La sociologie est un sport de combat, ce documentaire est un projet mal défini, dont la structure n'a pas su émerger au cours de la production. L'ensemble finit pas ressembler à une attaque personnelle contre un journaliste en particulier, ce qui n'avance à rien.

Danger travail (2002)

Pierre Carles met en retrait son penchant dénonciateur, pour encenser les personnes qui ont pris leurs distances d'avec le salariat. Une catégorie sociale stigmatisée par les politiques et étouffée par les médias, parce qu'elle refuse le jeu de la consommation. Les témoignages sont marqués par la pénibilité physique, autant que par le malaise psychologique qui découle de la plupart des rapports de hiérarchie et d…

L'enfer d'Henri-Georges Clouzot (2009)

L'enquête sur l'échec du tournage du film (ou de sa production ?) est plutôt légère, mais c'est d'abord pour les recherches visuelles des techniciens que ce documentaire m'intriguait, et je n'ai pas été déçue sur ce plan. De nombreux dispositifs sont inédits et frappants, et si Clouzot était parvenu à les intégrer dans son projet, ce n'est pas seulement son héritage de « cinéma de papa » qui aurait été à revoir : il…

Le testament du docteur Mabuse (1933)

L'image est pleine de plans élémentaires, relativement simples mais surtout équilibrés, que de nombreux films noirs américains s'empresseront de reproduire quelques années ensuite. Cet aspect didactique rattrape un scénario pas assez ample pour ses ambitions. La suite, Le diabolique docteur Mabuse, ne sera malheureusement pas aussi convaincante.

Le rayon vert (1986)

Rohmer cherche à rafraîchir son cinéma en laissant ses actrices improviser la majorité de leurs dialogues, mais l'exercice de style tourne plutôt creux. Le rayon vert montre le réel d'une fille un peu dépressive mais aussi imbue d'elle-même, refusant de reconnaître (encore moins de dépasser) ses propres appréhensions, rejetant puérilement son indécision sentimentale sur l'interprétation de signaux arbitraires (un va…

Les jardins statuaires (1982)

On m'avait vendu Les jardins statuaires sur les problématiques féministes ; elles sont en fait plutôt survolées. L'auteur met en scène un sexisme systémique, mais n'échappe pas, en définitive, à des clichés d'écriture. C'est un peu décevant de voir le narrateur se définir, ultimement, comme sauveteur des orphelines et des prostituées... Son parcours intérieur et son errance personnelle, cependant, sont plus intér…

La sociologie est un sport de combat (2001)

Une introduction à la fois aux études et aux méthodes de Pierre Bourdieu : déterminisme social, patriarcat (dont masculinité toxique), dissociation de l'homme et du scientifique, processus universitaire collaboratif... Confirmant le talent de Pierre Carles à la réalisation de documentaires, cette introduction est d'autant plus pertinente qu'elle fournit en parallèle des éléments importants de critique. La caméra …

Panoramical (2015)

J'ai pris presque deux ans pour faire les tableaux un à un, tenter de renouveler ma surprise à chaque fois. Le dernier, réalisé par George Buckenham et Jukio Kallio, valait particulièrement le coup. En ce qui me concerne, Panoramical est plus intéressant lorsqu'il prend de court, lorsqu'il étourdit de possibilités, plutôt que dans sa dimension ambient qui, forcément, sollicite moins la personne aux commandes. Dans t…

Detention (2017)

Je pourrais râler contre les puzzles linéaires, sans valeur intrinsèque, présents essentiellement pour temporiser l'histoire et la révélation des différents décors. Mais la direction artistique m'a presque fait oublier cette préoccupation. Les effets graphiques, quoique peu spectaculaires, surprennent, déroutent, envoûtent. Leur résonance avec les sentiments conflictuels et angoissés des personnages compte parmi …

Cook, Serve, Delicious! (2012)

En ce qui me concerne, le potentiel addictif de Cook, Serve, Delicious! s'est épuisé après une quinzaine d'heures passées à composer des plats dans un enchaînement frénétique de touches. L'apprentissage était simple, mais la courbe de progression s'arrête trop tôt, le jeu préférant alors se reposer sur de nouvelles recettes, de nouvelles combinaisons de clavier, plutôt que de développer les tactiques possibles. Dans…