La Chute (1956)

Camus vitupère contre un libre-arbitre qu'il ne parvient à chérir que sur le papier. J'ai longtemps conçu « il faut imaginer Sisyphe heureux » comme une rédemption optimiste. Et soudain j'ai vu l'incitation. Il le faut, sans quoi rien ne tient. Mais comment, ou pourquoi, s'abandonner à cet axiome ? L'échec de la raison tient peut-être en ce seul verbe.

Trois contes (1877)

Versatile mais toujours vibrant, le style de Flaubert le détache du simple moralisme.

L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985)

Par le biais de troublantes études de cas, un neurologue anglo-saxon défrichait certaines frontières invisibles de la conscience humaine et de nos fragiles identités.

Novecento : pianiste (1994)

Une variation sur le mythe du génie : cette fois un pianiste orphelin qui passe sa vie sur un paquebot. L'histoire est courte et sympathique, son style est incisif et artificiellement complice, comme une punchline qu'il ne faut pas essayer de creuser.

La Caste des Méta-Barons (1992)

L'univers graphique de Jodorowsky ne se laisse pas facilement réduire —moins encore que celui qu'il révèle par ses films. Liens du sang, sexisme, transidentité (si si), sacrifice, poésie, tout s'emmêle dans un capharnaüm épique. Et les dessins de Gimenez, étonnamment, parviennent à soutenir cette exaltation permanente. À souhaiter que les producteurs de science-fiction s'y penchent un jour... quand les technologies …

Orgueil et Préjugés (1813)

Abandonné au second tiers.

Les Portes de la perception (1954)

Aldous Huxley décrit avec équilibre et minutie l'impression extatique d'unité exhaustive, d'émancipation du jugement, suscitée par une prise de mescaline. Le second essai, Heaven and Hell, réunit des considérations esthétiques sur les visions associées : couleurs surnaturelles, lacis géométriques, infinis téléscopique et macroscopique, etc.

Et si c'était vrai... (2000)

Je pensais m'accorder une lecture tranquille de quelques jours, mais le premier chapitre m'a dégoûtée. Je n'avais rien lu d'aussi laid depuis la traduction du premier Twilight.

Lettres (1754)

Le badinage épistolaire d'une aristo, qui compensait l'étiolement progressif de ses privilèges avec une préciosité capitonnée.

Thérèse Desqueyroux (1927)

Un court roman psychologique dont les techniques narratives, évoquant désormais les séries B policières, font à moitié sourire. Les formules consacrées, prisons du langage, y reflètent la pensée autocensurée des notables provinciaux.

Pulp (1994)

Acide et drôle, Bukowski terminait sa vie sur une parodie des romans de gare.

L'Automne du patriarche (1975)

Les déboires rocambolesques de ce dictateur antillais, narrés dans un style fluide et ample qui évoque les mouvements indécis de la mémoire, relèvent du drame divertissant.

Les Mots (1964)

Un récit autobiographique où Sartre tente d'élucider et de juger son rapport à l'écriture, quelque part entre la psychanalyse ludique, la sociologie de la bourgeoisie, et l'interprétation rétrospective de l'enfance sous l'influence de l'existentialisme.

Shades of Grey: The Road to High Saffron (2009)

Une escapade pleine d'humour, dans une dystopie où le rang social repose sur la perception des couleurs. L'exposition de cet univers loufoque (et occasionnellement menaçant) est équilibrée sur l'ensemble du roman, pendant que se déroulent en parallèle des intrigues entrelacées et ludiques, comme un point-and-click savamment rythmé.

Cristallisation secrète (1994)

Je ne suis pas en mesure d'établir si ça vient de la langue japonaise, de la traduction française, ou bien du style d'origine, mais j'ai trouvé ce roman assez... naïf ? Les mots de Yōko Ogawa sont simples, les descriptions des choses et des sentiments sont flottantes, mais moins poétiques que banales et atones. Certes, il pourrait s'agir d'un choix délibéré, visant à marquer l'ingénuité de la narratrice face à la…

Pour comprendre les médias (1977)

Une bouffée de pensées visionnaires, perdues dans un océan d'analogies arbitraires. Qu'elles découlent d'une réelle perspicacité, ou de chance statistique, certaines thèses unificatrices permettent d'appréhender le monde contemporain sous des angles intéressants. Il y a tout d'abord le fameux 'the medium is the message' : l'idée que le contenu d'une communication porte moins à conséquence que le mode de communica…

Vision aveugle (2009)

Watkins sait se faire pardonner quelques descriptions méthodiques et difficiles de hard SF, en se livrant à des interrogations obsédantes sur la nature de la conscience. Presque sans prévenir, le transhumanisme de ses personnages bascule dans une remise en question de la perception prévalente d'une conscience atomique et captive. Quant aux péripéties développées en huis-clos autour d'un premier contact extraterrestr…

La Mémoire de riz (2011)

J'ai lu une dizaine des 22 nouvelles du recueil : le cadre a beau se mouvoir avec application, c'est à chaque fois le même procédé d'histoire dans l'histoire, le même vocabulaire poseur, les mêmes références rares et démonstratives, la même chute plate. Blasant.

L'existentialisme est un humanisme (1945)

Un exposé de vulgarisation sur l'existentialisme, avec quelques appels du pied aux marxistes en vue d'une réconciliation (rendue particulièrement difficile par le dogmatisme de ces derniers). Déjà familière de cette philosophie, je n'ai presque rien appris ici.

Les jardins statuaires (1982)

On m'avait vendu Les jardins statuaires sur les problématiques féministes ; elles sont en fait plutôt survolées. L'auteur met en scène un sexisme systémique, mais n'échappe pas, en définitive, à des clichés d'écriture. C'est un peu décevant de voir le narrateur se définir, ultimement, comme sauveteur des orphelines et des prostituées... Son parcours intérieur et son errance personnelle, cependant, sont plus intér…