La Mare au diable (1846)

Le Berry de George Sand est naïf mais droit dans ses bottes, pudique mais passionné. Son conte, versé dans un parler idiomatique, tire un peu la corde du charme rural pour mettre en valeur la bonté des personnages, ainsi que leur unité avec un pays que leur action façonne. Le tableau a déjoué mes défenses en rejetant tout cynisme —ce que le premier chapitre annonçait d'ailleurs explicitement.

Asperger Syndrome and Anxiety (2009)

J'ai appris des choses dans la première moitié : les symptômes du SA qui favorisent le développement de l'anxiété, et les fondements des thérapies cognitivo-comportementales. La seconde moitié verse plutôt dans le développement personnel, mais principalement sur la base de l'expérience individuelle de l'auteur, ce qui est assez mince.

Bullshit Jobs (2018)

Où Graeber, avec une malice désolée, tente d'éclaircir l'émergence d'une société gangrénée de boulots inutiles et occasionnellement nocifs. Le livre, méticuleux, développe des idées aussi stimulantes que variées : dissocier un secteur de l'information du secteur des services effectifs, mettre en évidence la prévalence des métiers du care face à l'image consacrée de l'ouvrier d'usine, creuser la souffrance psychologi…

L'Œuvre au Noir (1968)

Au-delà de la première impression d'esbrouffe causée par un étalage de mots obsolètes, j'ai rapidement été séduite par le foisonnement de l'Histoire réassemblée par Marguerite Yourcenar, et par la clarté des questionnements (sur l'esprit, le corps et l'âme) qu'elle y a inscrits. Zénon, son alchimiste, traverse l'aube de la Renaissance avec un désir incandescent de savoir, et chacune de ses découvertes l'élève et nou…

Nemesis (2010)

On croit lire, avec un style trop fluide pour proposer la moindre aspérité esthétique, et une ironie trop distante pour être distrayante, la genèse lourde et hébétée d'une Amérique imbue d'elle-même, tellement convaincue par la fiction de sa gloire qu'elle ne parvient plus à aborder le présent autrement que dans le dégoût, la honte et la colère.

Autiste ? Pour nous, l'essentiel est invisible (2012)

À côté du discours lénifiant des superstars du SA, ce témoignage sans prétention d'une maman qui se bat pour élever son enfant sonne finalement très juste.

Comprendre les règles tacites des relations sociales (2005)

J'ai trouvé ce livre mauvais pour deux raisons, assez proches des débuts de réserves que j'avais exprimées sur le livre de Tony Attwood dans la même collection. D'une part, le texte se ressent comme un enchaînement de quinze débats TED Talk™ pas du tout édités, farci de redondances, d'historiettes et de connivence artificielle (à l'américaine) qui noient complètement le poisson. Et je ne mentionne même pas la tra…

La Différence invisible (2016)

Une BD pédagogique sur le SA, juste, sympa.

Le Syndrome d'Asperger : Guide complet (2006)

Le livre s'adresse pêle-mêle aux parents d'enfants SA, au corps enseignant, au grand public, aux psychologues, aux psychothérapeutes, et un peu aux personnes SA. En voulant tout faire à la fois, il perd en crédibilité. Sans compter le validisme latent (et la transphobie plus discrète). J'aimerais un monde où les personnes SA sont respectées pour ce qu'elles sont, pas pour leur capacité à se fondre parmi les neurotyp…

Gens de Dublin – Quatre nouvelles (1914)

Triste édition qui réunit uniquement quatre des quinze nouvelles de Joyce. J'y ai découvert une voix singulière, naturaliste avec un filtre romantique. Mais je reste quand même sur ma faim d'ambition, de démesure et d'innovation.

Le Bruit et la Fureur (1929)

La confusion des deux premières parties, plongées dans les flux de conscience, élargit le champ des possibilités narratives sans forcément enrichir l'histoire... Ce Parnasse dérégulé fascine autant qu'il épuise. En même temps, peut-être que la réponse au puzzle des Compson n'est pas à chercher dans l'emmêlement de leur ruine familiale, mais dans les gouffres qui séparent leurs mondes intérieurs respectifs. Peut-être…

Ils ne sont pour rien dans mes larmes (2012)

Choisi par hasard en bibliothèque, le livre était écrit avec les pieds.

La mala hora (1962)

J'ai mis deux semaines à lire les quinze dernières pages, c'est dire mon état affairé, mais aussi la structure trop diffuse de ce premier roman, qui préfigure Cent ans de solitude.

De sang-froid (1966)

Du journalisme racé : une plume mature s'enjaille à décrire des meurtres gratuits, des cavales éperdues, et des criminels aux psychismes torturés.

La Cité des permutants (1994)

Transhumanisme et hard SF, un programme toujours à mon goût, même si l'écriture de Greg Egan était moins digeste que pour son recueil de nouvelles Axiomatic.

Mrs Dalloway (1925)

Stream of consciousness storytelling. L'anxiété en roue libre sur les pages.

Les Justes (1949)

Une pièce aride, presque antique, dont la houle philosophique tourne autour des limites arbitraires à donner à la liberté humaine. Mais je ne crois pas, contrairement à Camus qui brandit l'innocence des innocents, qu'il existe une réponse autre que la bonne conscience.

Aurélien (1944)

Le récit d'un amour comme expérience éminemment subjective, traversé par le goût de l'absolu (relire le chapitre XXXVI, de temps à autre) et l'ivresse des années folles.

Mœbius Transe Forme (2010)

Un homme à l'écoute de son inconscient.

Shigeru Ban (2012)

L'œuvre, en cours, est curieuse : elle alterne entre villas épurées et abris pour réfugiés.