Où est la maison de mon ami ? (1987)

Difficile de juger de l'authenticité d'un néoréalisme quand je ne connais de la culture iranienne que ce que j'en ai vu au cinéma, mais de mon point de vue occidental, c'est un réquisitoire sans appel contre la conception nationale de l'éducation. Les adultes sont des dictateurs de la parole, qui préfèrent ne pas prendre au sérieux, ou encore plus simplement ne pas écouter les enfants, dès lors que ceux-ci cherchent…

Silent Hill (2006)

Faute d'y avoir joué, je peux pas commenter le travail d'adaptation de la saga. Mais en tant qu'adaptation de jeu tout court, je sais pas s'il existe beaucoup mieux. Il y a de fausses notes assez flagrantes ici et là, et les cinq minutes d'exposition de la mythologie sont d'une confusion frustrante (Fritz parle de "flashback déchirant", là je suis aux fraises), mais enfin Christophe Gans restitue une ambiance bien p…

Les heures oisives (1332)

avec le refrain du morceau California de Grimes qui boucle indéfiniment À quoi tient le recul que certains parviennent à porter sur eux-mêmes ? Il semble qu'il faille avoir été blessé, cassée, pour accéder à cet état curieux. Je ne serais pas surpris que cette réaction de l'individu ait un fondement physiologique pas encore découvert. Proposition : le corps se développe une conscience réparatrice. Ou censée l'êtr…

Trois couleurs : Blanc (1994)

Je m'étais longtemps reposé sur l'hypothèse selon laquelle les trois volets de la trilogie des Couleurs de Kieslowski partageaient le même ton de drame intimiste un peu glauque, mais j'aurais plutôt dû me référer à mon expérience de son Décalogue hétéroclite. En effet, Blanc se révèle rapidement en tant que comédie sentimentale à la limite du grotesque. Le scénario traite d'amours déçues, de suicide, d'impuissance m…

Trois couleurs : Bleu (1993)

Juliette Binoche n'a même pas attendu la trentaine pour porter un film sur ses épaules sans frémir. Ou peut-être est-ce parce que sa sensibilité résonne en moi, que je ne lui connais pas une seule interprétation qui ne m'ait fait ravaler mes larmes, depuis Mauvais Sang jusqu'à Camille Claudel, 1915. D'individualités, on le verra, il est justement très question dans la série des Trois Couleurs de Kieslowski. Le sc…

Certaines femmes (2016)

Pendant que je somnolais tout le long du deuxième segment, je me suis dit que j'allais arrêter de faire la bise à mes collègues féminins ou aux filles que je connais pas du tout en soirée. Depuis quelques mois ça me met mal à l'aise de traiter différemment les hommes et les femmes dès ce premier contact (premier contact de la journée de travail, ou premier contact d'une fête). C'est du sexisme plus-évident-tu-meurs,…

Steamboy (2004)

Un sommet d'esthétique steampunk (et l'occasion de voir que c'est plus forcément quelque chose qui résonne beaucoup en moi). Le film ne s'arrête pas totalement à ses images, il se permet bien quelques questions positivistes, et finit par schématiser, consciemment ou non, la science comme un carré d'interactions entre l'utilisateur, le chercheur, le dirigeant, et le penseur. Le problème étant que ces profils se cheva…

In the Mood for Love (2000)

Revu en salle. En public, la pudeur de ces amants, qui refusent d'apparaître dans le même cadre, qui vont jusqu'à se réfugier aux frontières diamétralement opposées de leurs plans respectifs malgré la distance précédente, déjà impitoyable. Et le montage temporel qui, régulier et imperturbable, abolit leur dichotomie, trahit leur attirance l'un pour l'autre. La promiscuité dans ces escaliers étroits, depuis le …

No Direction Home: Bob Dylan (2005)

Je ne me suis jamais retrouvé dans Bob Dylan, et ça n'a toujours pas changé, mais grâce au docu de Scorsese, je comprends mieux la fascination qu'il a exercé sur une génération d'américains. La personnalité du chanteur, ce qu'il veut accomplir (ou plutôt : ce qu'il a besoin d'exprimer, quelles que soient les réactions de son public), est aussi longuement discuté. Par contre, heureusement que je ne connaissais pre…

Assaut (1976)

Le deuxième film de John Carpenter est un actioner plutôt mou, et j'ai bien du mal à comprendre l'enthousiasme qu'il soulève. Pour un projet fauché, c'est proprement mis en scène, et Carpenter injecte quelques idées en plus de sa musique, et puis un ou deux synthés plutôt originaux pour l'époque quoique franchement simplets. La horde aveugle de voyous, presque zombifiée, annonce les silhouettes mutiques de Escape Fr…

The Lost City of Z (2016)

Quelqu'un a-t-il prévenu James Gray de l'existence d'un petit réalisateur allemand du nom de Werner Herzog ? Derrière ses apparats romantiques, The Lost City of Z ressemble fort à une version délavée du mythe du "conquérant de l'inutile", dont Fitzcarraldo et Aguirre restent les manifestations les plus éclatantes. Je peine à comprendre le besoin de reprendre cette légende pour n'effectuer qu'une relecture superficie…

Resident Evil : Chapitre final (2016)

J'ai déjà écrit des textes mesurés en défense de films bassement notés, et même contre les notes tout court, alors je vais me permettre ce soir de commencer par dire que j'emmerde sans concession tous ceux qui sont incapables de me prendre au sérieux quand je parle en bien de films à mauvaise réputation. Je le fais pas pour amuser la galerie, et encore moins par esprit de contradiction. C'est juste que je reste capa…

Split (2016)

Passer la séance à côté de mon ex a fait encore plus ressortir la futilité de ces personnages en carton et ces rebondissements sagement dosés. En plus, contrairement au précédent et encore plus fauché The Visit, Split ne cherche pas franchement à créer quoi que ce soit... C'est proprement filmé, quelques passages portent même une intensité honnête (la bête dans le couloir, surtout), mais dans l'ensemble ça manque sé…

Ghost Dog, la voie du samouraï (1999)

Cf. le texte du Sergent : "une forme d'ataraxie fascinante". Les choses éparpillées que je ne ferai qu'évoquer malproprement : _Jarmusch est tellement à l'aise et respectueux avec des acteurs en dehors de son milieu culturel, rien à voir avec Tarantino et sa caution black Samuel L. Jackson, et puis tous les blancs qui n'engagent que des blancs; _les cartoons reproduisent assez fidèlement les scènes qu'ils p…

Gimme Danger (2016)

Ni plus ni moins que ce que j'attendais sur la base de la bande-annonce (et malgré mon plus grand respect pour les films de fiction de Jarmusch) : un documentaire un peu enjoué et surtout encyclopédique sur Iggy Pop, avec puis sans puis avec les Stooges. Lorsque Jarmusch fait des efforts, sa mise en scène rappelle de loin Gondry, mais globalement c'est assez convenu. Cela dit je venais surtout pour me renseigner …

Fucking Kassovitz (2011)

L'histoire sage d'un tournage malfoutu. Les gars ont essayé de faire un film à 100 millions avec un budget de deux ou trois fois moins que ça, et manque de pot pour Kassovitz, pour Babylon A.D. c'est pas passé. En plus des problèmes avec Vin Diesel et puis les équipes techniques, on sent que la management du réalisateur n'était pas tip-top. Je ne saurais pas dire si c'est parce qu'il s'y prend mal ou parce qu'il a v…

Mammuth (2010)

Avec cette comédie féroce, Kervern et Delépine font preuve du même esprit punk que ce dont j'avais été témoin dans Le Grand Soir. Sur le message, ils se montrent impitoyables contre le mode de vie "travail débilitant + épargne = mirage de retraite + ennui". Leurs blagues sont cruelles, font mouche, et m'auraient sans doute plus dérangé si je n'étais pas déjà plutôt acquis à leur cause. Par contre la mise en scène es…

Yourself and Yours (2016)

Le HSS 2017 est un petit cru. Les premières scènes laissent croire que de vieux ressorts scénaristiques vont être traités plus frontalement qu'auparavant, la rumeur et l'alcoolisme notamment. Et puis la suite se déroule, on constate que Yourself and Yours dénonce un peu plus la misogynie que ses prédécesseurs, mais enfin c'est en plissant les yeux, et ça n'a rien de remarquable dans l'absolu. Je ne sais pas si je…

La La Land (2016)

Bof. Profitant du peu de mémoire collective, La La Land commence comme un épisode de Glee superproduit et surproduit, débauche visuelle et plan-séquence censément spectaculaire à l'appui. Directement, j'ai bien senti un profond amour du travail bien fait chez Chazelle, mais j'ai aussi trouvé éreintant (et presque indécent) de dépenser autant d'énergie pour illustrer des paroles surécrites et, appelons un chat un cha…

Vivre (1952)

J'ai déjà dit ailleurs que les jidaigekis de Kurosawa m'ont plus souvent ennuyé que le contraire, mais je craignais aussi qu'un drame contemporain comme Vivre me laisse froid, car l'expressionnisme de Dodes'kaden m'avait encore moins séduit. Eh bien non, je retiendrai pour l'instant Vivre comme l'épisode qui a racheté le maître japonais à mes yeux. La ligne de fond reste classique : au seuil d'une mort cancéreuse…