Vorace (1999)

J'en suis à une heure de film et je m'ennuie comme un rat mort. Pour un western/survival/comédie noire, ça fait franchement tache... C'est sans doute ce mélange de genres qui empêche l'ambiance de se construire, qui m'empêche d'avoir envie d'y croire, plus encore que le personnage principal amorphe. Les choix musicaux inattendus confirment que la démarche est assumée, mais de mon point de vue l'expérience est ratée.

Harry dans tous ses états (1997)

Un épisode Allen avec ses bizarreries (étrange montage syncopé) mais sans prétention. Certaines répliques tombent à plat, d'autres marchent bien, et c'est pareil pour les acteurs. Dans son intersection des temporalités, du réel et de l'imaginaire, on repense un peu à The Purple Rose of Cairo, si ce n'est qu'ici Allen ne prétend pas expliquer les fantasmes cinématographiques de son public, mais simplement parler de s…

Los Angeles Plays Itself (2003)

La voix-off pleine de morgue fait un peu angoisser d'avoir lancé un docu de trois heures, mais le montage explique rapidement les intentions de Thom Andersen, et il est difficile de ne pas le rejoindre. Amoureux de la ville et de l'architecture, sensible aux questions d'urbanisme autant que d'histoire, il explique avec amertume la façon dont le simulacre Hollywood a dépossédé Los Angeles de son identité. La construc…

Les chaussons rouges (1948)

Il y a quelques années de ça, deux ou trois personnes m'avaient vendu The Red Shoes comme "Black Swan en mieux". En ce qui me concerne, si je devais me fendre d'un parallèle moderne, j'évoquerais plutôt Whiplash. La danseuse des Red Shoes n'est pas à la recherche de la perfection, mais plutôt d'une combinaison de talent, d'amour et de reconnaissance (dans cet ordre de préférence). C'est son hésitation qui la préserv…

Carnage (2011)

Une bonne farce satirique. En parallèle : tristesse amusée face aux affiches publicitaires de "D'après une histoire vraie", placardées des titres des anciens succès du réalisateur, parce qu'aucune revue n'ose dire du bien d'un film loin de faire l'unanimité ? Ou parce que personne n'ose s'associer avec Polanski ? Je ne sais pas si c'est l'endroit pour en débattre intelligemment, mais je dois avouer que je ne c…

Collatéral (2004)

Ma cinéphilie a démarré en tombant à la télé sur Femmes au bord de la crise de nerfs, puis Collateral quelques semaines plus tard. Je ne comprenais pas bien ce qui se passait ni dans l'un ni dans l'autre, mais le caractère et la volonté des metteurs en scène était suffisamment prégnants à travers l'écran pour me marquer au fer rouge. Pendant des années, j'ai craint de relancer le film de Michael Mann, de peur d'y re…

Les héritiers (1964)

Passeron et Bourdieu déconstruisent le système universitaire français du début des années 60, pour faire ressortir notamment l'hypocrisie qui consiste à nier le poids de l'origine sociale des étudiants dans leur parcours. S'il peut exister une discrimination positive, elle n'est jamais administrée que comme un pardon condescendant. Ils illustrent aussi les façons dont les étudiants et les professeurs fuient leurs…

Mother! (2017)

J'aime bien, encore plus que les cinéastes qui croient à fond dans leur vision, les films qui font largement débat. Je regrette de ne pas me retrouver dans le camp des admirateurs de mother!, mais ça ne m'empêche pas de vouloir apporter ma pierre à l'édifice critique d'une œuvre qui, gageons-le, sera regardée d'ici quelques années avec la révérence fascinée ou l'amusement moqueur qui font l'héritage de The Tree of L…

Blade Runner: Black Out 2022 (2017)

Les parties les plus fascinantes du making-of de Blade Runner, Dangerous Days, expliquaient la répartition improvisée du travail de direction artistique. Ridley Scott, capitaine et visionnaire, distribuait ses ordres et exigeait des ajustements jusqu'à obtenir satisfaction, ou bien jusqu'à ce que les producteurs exécutifs le menacent avec une barre de fer. Syd Mead, inspiré par le Moebius de Métal Hurlant, imaginait…

Coeur de verre (1976)

Pile je me censure, face je fais dense, tranche ça importe. File. Je tenais en estime les surréalistes, et pourtant il a fallu que je redécouvre l'écriture automatique par moi-même pour comprendre ses implications, en scandant Elaenia ou en traversant le ciel. Et encore, ce n'est qu'en post-mortem que j'ai compris que ma recherche, d'autres l'avaient déjà parcourue. Proust et Rimbaud sont venus à bout des leur…

Kuso (2017)

Je vois les accusations véhémentes de trash gratuit fleurir de toutes parts, alors je voudrais brièvement rétablir quelques vérités, quitte à ce que ça passe par un texte torché. Kuso parle de peurs inconscientes. Pour celles et ceux qui parviennent à garder leurs oreilles ouvertes dans ce chaos sonore, fear est le mot que vous entendrez le plus. L'idée centrale du film, poussée dans son esthétique jusqu'à un par…

Liberation Day (2016)

Liberation Day tient plus du reportage que du cinéma. Je n'appelle pas ça mettre en scène un film, mais tenir un journal. Et en tant que reportage, le contenu est encore discutable. Le ton est en effet implicitement conciliant, se gardant d'interroger frontalement à la fois le régime nord-coréen et le groupe slovène Laibach, dont l'esthétique totalitaire est pour le moins troublante. Quand les membres ne commentent …

Neurons to Nirvana (2013)

Derrière le titre marketing et une poignée de plans un poil trop new age, c'est un docu très équilibré sur l'usage médicinal de substances psychédéliques : sur les restrictions aberrantes auxquelles elles sont assujetties, et sur les observations et perspectives thérapeutiques. En attendant mon futur texte sur le LSD (que j'aurai du mal à maquiller en critique, mais je ne m'arrête plus à ça depuis longtemps), c'est …

Les tontons flingueurs (1963)

Je venais pour asseoir ma découverte des dialogues de Michel Audiard, quelques mois après Un singe en hiver, et j'ai été servie. Son argot, trop démonstratif dans le premier quart d'heure, s'équilibre ensuite grâce à son travail sur les chutes. Avec un montage et un cadrage d'une qualité que je n'attendais pas pour du ciné français des années 60, et puis une brochette d'acteurs de premier plan, on comprend sans mal …

Matador (1986)

Matador est un épisode ingrat de la filmographie d'Almodóvar, articulation revêche entre ses films Movida et ses drames pulp plus matures. La mort y fait une entrée fracassante et criarde, et l'intraitable Pedro ne peut s'empêcher d'y mêler de grandes louches de sexe. Éros et Thanatos batifolent ensemble, mais sans profondeur. Et puis le programme n'est excitant qu'en pratique, car certaines interprétations hasardeu…

La cité sans voiles (1948)

Bien plus proche du documentaire que du film noir, The Naked City voit Jules Dassin filmer une New York authentique, intérieurs et extérieurs, loin des studios. Cette petite ambition naturaliste est malheureusement à peu près son seul mérite : l'enquête est procédurière, générique et pas intéressante, l'écriture et les interprétations sont assez quelconques, et la voix off est une plaie. Si j'habitais Manhattan, ça …

Rambo II : La mission (1985)

Déjà quand un film s'appelle "First Blood Part II", ça pue... Pour rappel, le premier Rambo est un film plutôt non-violent que l'inverse, et assez intelligent. La suite, cette fois conforme à la réputation de la saga, est un actioner indigent et franchement simpliste. Le scénario cosigné par Cameron n'est pas complètement manichéen, il y a des mercenaires américains qui en prennent un peu pour leur grade... Ma…

La part du hasard (1984)

À force d'enchaîner les films, derrière lesquels grouillent (dans le meilleur des cas) toute une équipe de techniciens talentueux, chapeautés par un metteur en scène aussi bien visionnaire que maître d'orchestre, j'avais perdu de vue le visage brut du génie. Dans ce documentaire, Patrick Bokanowski s'efface derrière les mains du peintre Henri Dimier, pour laisser la créativité pure s'exprimer. Animé des mêmes int…

Je veux seulement que vous m'aimiez (1976)

Peter est un gentil allemand, tendance je-me-laisse-marcher-sur-les-pieds. Il amène des fleurs à ses parents, à sa grand-mère, à sa femme, mais ils ont l'habitude, ils ne font plus gaffe, ils s'en foutent. D'ailleurs ses parents ont tellement l'habitude de l'avoir à leur botte qu'ils le remercient à peine après que gentil Peter leur ait construit une maison. Gentil Peter ne proteste pas contre son boss qui le paye u…

Thirty Years of Adonis (2017)

Que le réalisateur veuille filmer des beaux mecs à poil, avec une mise en scène un peu léchée mais au fond franchement gratuite, fondamentalement ça ne me gêne pas. Au bout d'une heure par contre, le temps commence à se faire bien long. Mais quand dans le dernier quart d'heure, Scud se sent de justifier son voyeurisme artsy, entre prétentions kharmiques et condescendance de cinéaste ("au fond j'aide mes acteurs à ré…