Parasite (2019)

Le dernier Bong Joon-ho tient plus de la farandole hitchcockienne que du brûlot social. Sa gentille satire des classes écorche encore moins que The Square, et ridiculiser la richesse sans en montrer la violence symbolique est une impasse. Il n'y a même pas d'ironie dans la reconnaissance critique attribuée unanimement par le jury du royaume du glamour : à ce niveau, il s'agit plutôt d'une mascarade en bande organisé…

Myst (1993)

Vingt-cinq ans après, le plaisir des puzzles reste intact. La 3D pré-calculée affecte à peine mon appréciation, ce qui revient à dire que les rendus en temps réel, quoique tenus pour acquis en 2019, ne sont pas indispensables au genre. La conclusion est assez anticlimactic, mais autrement le jeu a comblé mes attentes qui, au regard de sa réputation, n'étaient pas insignifiantes. C'est toujours un plaisir, en ce qui …

Permaculture, la voie de l'autonomie (2019)

Un tour d'Asie à la rencontre de diverses techniques de permaculture, variant selon les contraintes climatiques et sociétales de chaque région. Dénué d'ambitions auteuriales, le documentaire n'en est que plus éclairant. Si la « voie » du titre reconnaît les limites actuelles de cette dynamique, je regrette toutefois que le film (certes court) ne les discute pas plus : implantation dans les pays en développement, sta…

Santiago, Italia (2019)

Le documentaire n'a pas répondu aux attentes que son affiche avaient suscitées chez moi. Le titre, déjà, est largement trompeur. L'essentiel du film retrace l'historique (ou refait le procès) du coup d'État contre Allende, et l'intervention de l'ambassade italienne n'est relatée que sur le tard. Les témoignages des réfugiés, peu au fait des tensions politiques et internationales qui ont pu se nouer, m'ont laissée…

Sunset (2019)

Dans les yeux d'Irisz, tant de rage, de révolte, d'usure, de détermination... Pas de retentissement historique ou social à chercher, même si la reconstitution était soignée et sublime sur cette pellicule vaporeuse. Il s'agit d'abord d'une expérience de mystère puis d'effondrement, un peu comme Le fils de Saul était une expérience de survie. En quelque sorte, un travail d'ambiance par l'action. Il y a ce mouvem…

Crypt of the NecroDancer (2015)

Banging your head against a wall, in rhythm, for 2 months. And then some. PB Dorian - 4:41:01 PB Mary - 7:21:82 PB Cadence - 9:18:77 PB Aria - 8:05:18 PB Melody - 6:21:83 PB Dove - 3:24:08 Your browser does not support the video tag. Your browser does not support the video tag. Your browser does not support the video tag. Your browser does not support the video tag.

Le monde du silence (1956)

Qu'on excuse ou non l'équipage de la Calypso pour ne pas avoir développé de conscience écologique au début des années 50, il faut aujourd'hui avoir le cœur plutôt accroché pour voir ce jeune cachalot lacéré par le moteur du navire puis abattu au fusil, et ensuite ces requins allègrement massacrés à l'arme blanche. On en pardonnerait presque la séquence des tortues géantes prises pour des sièges ou des partenaires d'…

La Liberté (2019)

Parti pour réaliser un documentaire topographique sur la « prison ouverte » de Casabianda en Corse, Guillaume Massart s'est retrouvé à déconstruire l'image monstrueuse des coupables d'inceste, telle qu'elle règne dans l'inconscient collectif. La rudesse de la photographie cache un montage complexe et sourdement sidérant, qui parvient à commenter dans un même temps la condition carcérale et le concept de culpabilité.…

Quand tout le monde dort (2018)

Jérôme Clément-Wilz cède à l'urgence de témoigner sur les collectifs à l'origine des free parties parisiennes. Séduit par la liberté qu'ils poursuivent, une liberté qui brille et brûle à travers les grillages et les autorisations préfectorales, il se fond dans l'action et fait de la caméra une extension de son corps. La joie naît bien sûr de l'euphorie partagée de la fête, mais aussi de la transgression permanent…

La Favorite (2019)

De Canine à Mise à mort du cerf sacré, les succès de Yorgos Lanthimos reposaient jusqu'ici sur son sens grinçant et ludique de la sociologie. Le virage en costume de La Favorite était pour le moins inattendu... C'est que le réalisateur, pour la première fois, s'est emparé d'un scénario qui ne portait pas son nom. Bien lui en a pris : sa grammaire cinématographique s'en retrouve élargie et fortifiée. Appuyée par u…

Le docteur Jivago (1965)

Comme son personnage principal, le scénario se veut acte de poésie, et se place au-dessus des réalités politiques. Le succès de cette histoire d'adultère plaquée sur la révolution russe tient alors à la résonance entre les privilèges du docteur éponyme et ceux du public, animés par un même idéalisme pacifiste mais aussi par une certaine complaisance dans un confort dispendieux et inégalitaire. La reconstitution des …

Love and Wolbachia (2017)

Organisé sous la forme de portraits successifs, ce documentaire japonais montre que les délimitations entre transidentité féminine, travestissement et mélange des genres, ne sont pas moins fluctuantes et subjectives qu'à l'époque des Funérailles des roses. En plus de témoigner du ressenti intérieur de ses sujets, le film s'intéresse aux dynamiques sociales induites par ces caractères non-normés, dont l'expression af…

Night in the Woods (2017)

Le désenchantement américain post-industriel à travers les yeux écarquillés d'une dropout de 20 ans en mal de soutien psychiatrique, sur fond d'enquête mystérieuse et d'horreur cosmique. Kentucky Route Zero meets Twitter. Les sentiments passent un peu par les décors, beaucoup par les dialogues : les personnages sont bien mis en relief, mais sur la durée, cette interaction polyphonique m'a un peu usée. Par contre la …

L'ange (1982)

Masks, optics, research, craftsmanship. And stairs. Lots of stairs. The right pose shall be more faithful to movement than movement itself. I shall guide, I shall split, I shall reveal.

Glass (2019)

Hélas, Glass tend plus vers le quitte que le double. Acteurs moyennement inspirés, scénario boîteux et soliloquant, image plate, décors inexistants... D'ailleurs, il faut du culot pour critiquer à demi-mots Marvel, et en même temps filmer un climax sur un parking ! Le sous-texte n'émerge qu'à la dernière demi-heure, et même si son idéalisme fait chaud au cœur, il s'agit peu ou prou d'une redite de La jeune fille de …

La Caste des Méta-Barons (1992)

L'univers graphique de Jodorowsky ne se laisse pas facilement réduire —moins encore que celui qu'il révèle par ses films. Liens du sang, sexisme, transidentité (si si), sacrifice, poésie, tout s'emmêle dans un capharnaüm épique. Et les dessins de Gimenez, étonnamment, parviennent à soutenir cette exaltation permanente. À souhaiter que les producteurs de science-fiction s'y penchent un jour... quand les technologies …

Detox or Die (2004)

David Graham Scott, cinéaste, raconte son rapport à l'héroïne et la méthadone, et son ultime recours à l'ibogaïne pour se débarrasser de son addiction. La première moitié du documentaire montre brièvement le quotidien de quelques junkies à Glasgow, entre petites combines et injections tristes. Le ton naturaliste et l'authenticité du témoignage font mentir le titre tapageur (et ridiculisent aussi nombre de dramatisat…

Un berger et deux perchés à l'Élysée ? (2019)

J'écrivais : [...] le fossé qui sépare, en termes d'encensement public, Les nouveaux chiens de garde et Fin de concession (ou Hollande, DSK, etc.), n'a rien d'un mystère. Qu'il soit trop punk, trop amer ou trop fauché, Pierre Carles ne verse pas dans les animations divertissantes et l'humour travaillé. Plus équilibré, son travail passe paradoxalement pour plus militant et plus confidentiel, parce qu'il se soucie …

Le pays où rêvent les fourmis vertes (1984)

Cette fiction, à la mise en scène réservée, s'avère plus ouvertement militante que n'importe quel documentaire de Herzog (on sait cependant son indifférence à définir toute frontière entre les deux registres). Bruce Spence y joue de façon convaincante un homme blanc qui prend la mesure des injustices subies par les aborigènes, en premier lieu desquelles, l'expropriation de leurs territoires ancestraux, entérinée par…

Le président (2010)

Rejoignez, le temps d'un film, le club des vieux mecs blancs et riches ! Un monde fabuleux où l'on peut prétendre incarner le renouvellement après 40 ans de mandats publics, et où l'autorité prévaut sans complexe sur les idées. Aux abois, les médias cherchent l'homme fort providentiel, et les directeurs de campagne s'empressent de remaquiller le grand Frêche pour le rôle, tout en grimaçant à chaque dérapage qui éven…