Le bois dont les rêves sont faits (2016)

Claire Simon parvient à jouer en équilibre sur les deux tableaux. Le bois dont les rêves sont faits, c'est un documentaire ethnographique sur une zone anti-urbaine, terre d'exil et lieu des possibles, et en même temps une bluette sur la beauté des rencontres inconnues.

L'extraordinaire voyage de Marona (2020)

Les techniques d'animation, innovantes, expriment très littéralement que la vie tient bien moins d'une symphonie grandiose que d'un assemblage bigarré de détails frustes, duquel émerge parfois des moments de solitude ou d'extase indomptables.

Peterloo (2018)

Faut-il s'étonner qu'un tel brûlot politique ne soit pas parvenu à nos salles de cinéma ?

Le Tango de Satan (1994)

Paradoxalement, c'est dans une durée gargantuesque que Sátántangó trouve son caractère irréductible. Le plus noir et blanc des cocons offre de nous engloutir dans la prière et l'adoration païennes d'une poignée de prolos désolés, bacilles conscientes perdues au centre d'une plaine infinie. À charge d'Irimiás, prophète misérable et miraculeux, de secouer les grilles de la cage fangeuse dans laquelle cette cohorte pat…

Cobra Verde (1987)

Parvenus à leur ultime collaboration, Kinski crépitait de ses dernières étincelles, mais Herzog restait alerte comme à ses premiers projets. Peut-être encore plus, du fait de tourner sur ce continent africain qui l'intrigue, lui résiste et le malmène (la production de Fata Morgana demeure édifiante à ce niveau). Le personnage de Cobra Verde, bandit acide dont les premiers déboires brésiliens n'étaient pas sans rappe…

Night Is Short, Walk On Girl (2017)

Masaaki Yuasa récidive avec un long-métrage dérivé de l'anime The Tatami Galaxy. Même si je grimace un peu par rapport au rôle qu'y tient l'alcool, la fanfare hédoniste de cette nuit à Kyōto est irrésistible, à la fois drôle et palpitante, exaltante presque comme si on y était. Ici, toute aventure est bonne à prendre, et l'inaction serait un gâchis. Ici, vivre c'est explorer, essayer, découvrir, avec le parachute ra…

Sortilège (2020)

Je sais gré à ce mystérieux film tunisien d'esquisser des pistes sans jamais s'engager à répondre. La mise en scène reconnaît d'ailleurs que l'intérêt est moins dans l'écriture que dans l'atmosphère développée autour de la retraite sociale des protagonistes, à coups de musique prog lancinante et de plans-séquences pas piqués des hannetons.

Slacker (1991)

En fait, la persistance de Slacker ne tient pas à son défilé d'énergumènes hors normes, mais bien plutôt à l'absence de toute norme perceptible. Il suffit à Linklater de vignettes de deux ou trois minutes pour tirer toute une vie de chaque interprète. Le film persiste parce que, dans leur diversité collective et leur incomplétude individuelle, les personnages persistent dans la diégèse, au-delà de leur disparition i…

Werner Herzog: Filmemacher (1986)

Pour qui connaît déjà les films de Herzog et ses principales anecdotes de tournage, le documentaire s'avère plutôt redondant. Quelques miettes demeurent, notamment sur la relation du cinéaste avec la marche... mais ce sujet est mieux couvert dans le plus récent simili-portrait Nomad: In the Footsteps of Bruce Chatwin.

Wet Season (2020)

À quoi sert ce film ? Faire du pied à la prod de Haneke, mais sinon ?

Uncut Gems (2020)

Le film rappelle Mean Streets, et Adam Sandler renvoie encore plus directement à Al Pacino. La mise en scène est tonique, elle est consciente de son moteur d'addiction, de son high cristallin constamment hors d'atteinte, et de notre plaisir à voir un homme se détruire. Et sinon, Daniel Lopatin qui plagie à moitié l'OST de Blade Runner, on en parle ?

La cravate (2020)

À l'image de son sujet, le documentaire, malgré ses airs sympathiques, n'accomplit pas grand-chose de bon. Avec juste ce qu'il faut de neutralité pour ne pas paraître mener un procès d'intention, mais tout de même pas au point de s'interdire une ironie de connivence, le film confortera les gauchos qui ont accès aux cinémas art et essai dans leur dédain pour l'électorat lepéniste, tandis que chez les droitiers qui en…

1917 (2020)

En tant que film d'action, ça marche assez bien. Le souci, de taille, c'est de s'être servi de la guerre pour faire du spectacle, d'avoir maquillé l'horreur et l'absurdité en aventure et en manichéisme pépère. Cette « négligence intéressée » tient de la faute morale...

Histoire d'un regard (2020)

Mariana Otero plonge dans les archives de Gilles Caron, un reporter français qui a marqué la fin des années 60. Ses recherches minutieuses et sa mise en scène intelligente ne permettent pas seulement d'analyser l'œuvre d'un photographe : elles font revivre une personne, dans ses doutes, dans ses voyages, jusque dans ses pas et dans son regard.

Merveilles à Montfermeil (2020)

L'idée de départ, une municipalité qui passe à gauche et déploie une nouvelle politique, a déjà montré son potentiel comique dans Parks and Recreation. Le problème, ici, c'est que le scénario semble n'avoir suivi aucune relecture, et la plupart des gags tombent à plat. La direction d'acteurs, pas du tout unifiée, ajoute à la confusion et à l'occasionnelle gêne. Hibou aussi était sincère, ça n'en était pas moins une …

Mare Amarum (2018)

Petit aperçu du quotidien de l'Aquarius, dramatique, loin de tout jeu politique.

Le lac aux oies sauvages (2019)

Il aura fallu une vingtaine d'années pour qu'un metteur en scène fasse suite aux recherches de Wong Kar-wai sur le spleen urbain. Délaissant la piste évasive et vaporeuse de 2046, le héros désenchanté de Diao Yi'nan se plonge à corps perdu dans un labyrinthe de rues et d'intrigues dangereuses. Traqué par ses pairs, captif de la ville, sa déambulation entre les ombres formule un onirisme nouveau (partagé néanmoins av…

Séjour dans les monts Fuchun (2020)

Avec quelques plans-séquences portés en douceur, une écriture quasi naturaliste des personnages, ainsi qu'une gestion marquée du passage des saisons, Gu Xiagong parvient à transposer au cinéma l'équilibre fluide des rouleaux peints de la tradition asiatique. Entre feuilleton familial et témoignage de mœurs, le scénario rappelle le maître taïwanais Edward Yang, mais avec un sens géographique en plus, un souci de prés…

ANIMA (2019)

Damien Jalet, chorégraphe, avait déjà contribué à Suspiria. Tarik Barri, responsable des projections graphiques, sévit comme VJ pour les concerts de Thom Yorke. Quant au directeur photo, Darius Khondji, c'est un vétéran du cinéma, depuis Delicatessen il y a trente ans. Tout ce beau monde, sous la houlette d'un PTA désormais bien familier de Radiohead et consorts, sonde non sans humour notre routine urbaine, à la rec…

Finding Phong (2018)

Le documentaire trouve son origine dans le journal vidéo personnel de Phong, et cette implication directe d'une femme transgenre en fait sans surprise un des témoignages les plus justes sur le sujet des transitions. Alors que le cinéma de fiction privilégie encore des obstacles dramatiques violents (de la dysphorie individuelle au rejet social), Finding Phong dresse avec naturel un panorama d'enjeux bien plus vaste …