Les Justes (1949)

Une pièce aride, presque antique, dont la houle philosophique tourne autour des limites arbitraires à donner à la liberté humaine. Mais je ne crois pas, contrairement à Camus qui brandit l'innocence des innocents, qu'il existe une réponse autre que la bonne conscience.

Sunset (2019)

Dans les yeux d'Irisz, tant de rage, de révolte, d'usure, de détermination... Pas de retentissement historique ou social à chercher, même si la reconstitution était soignée et sublime sur cette pellicule vaporeuse. Il s'agit d'abord d'une expérience de mystère puis d'effondrement, un peu comme Le fils de Saul était une expérience de survie. En quelque sorte, un travail d'ambiance par l'action. Il y a ce mouvem…

Aurélien (1944)

Le récit d'un amour comme expérience éminemment subjective, traversé par le goût de l'absolu (relire le chapitre XXXVI, de temps à autre) et l'ivresse des années folles.

Mœbius Transe Forme (2010)

Un homme à l'écoute de son inconscient.

Us (2019)

La mise en scène tient plutôt en haleine, malgré les multiples défauts du scénario : trivialité complice de l'écriture, pénible mise en place, flash-back et twist lourdauds... Le message social du film n'en devient que plus confus, et passe plutôt à la trappe.

Bergère qui danse (1992)

Découverte des courts-métrages Les 3 inventeurs, La légende du pauvre bossu, Icare, Le prince des joyaux, et Bergère qui danse. Est-ce la rudesse de certaines techniques artisanales qui fait le charme de cette animation ? Dommage que la plupart des histoires, Bergère exceptée, s'alourdissent d'une morale simpliste.

JUMPGRID (2019)

Fluide et plaisant, JUMPGRID laisse aussi une impression d'inachevé : avec des interactions rapides et une musique pareille, j'aurais voulu y trouver un jeu de rythme, sauf que le morceau s'use peu à peu, et que le timing n'est en fait un enjeu que dans les ultimes tableaux. Mais puisque la fin arrive avant que les mécanismes ne soient éventés, ça n'est pas si grave.

Frère de sang (1982)

L'insaisissable glissement de « je suis pas d'humeur » à « ça m'intéresse plus »...

La colline des hommes perdus (1965)

Sous un soleil de plomb, dans un camp punitif, Sidney Lumet et ses acteurs dénoncent la violence de la discipline militaire, qui répond peut-être au besoin de maintien de l'ordre, mais fonctionne d'abord grâce aux ressorts individuels de soif de pouvoir et de peur. Par contre, je me serais bien passée du retournement incohérent des ultimes secondes.

Le monde du silence (1956)

Qu'on excuse ou non l'équipage de la Calypso pour ne pas avoir développé de conscience écologique au début des années 50, il faut aujourd'hui avoir le cœur plutôt accroché pour voir ce jeune cachalot lacéré par le moteur du navire puis abattu au fusil, et ensuite ces requins allègrement massacrés à l'arme blanche. On en pardonnerait presque la séquence des tortues géantes prises pour des sièges ou des partenaires d'…

Shigeru Ban (2012)

L'œuvre, en cours, est curieuse : elle alterne entre villas épurées et abris pour réfugiés.

La Liberté (2019)

Parti pour réaliser un documentaire topographique sur la « prison ouverte » de Casabianda en Corse, Guillaume Massart s'est retrouvé à déconstruire l'image monstrueuse des coupables d'inceste, telle qu'elle règne dans l'inconscient collectif. La rudesse de la photographie cache un montage complexe et sourdement sidérant, qui parvient à commenter dans un même temps la condition carcérale et le concept de culpabilité.…

Quand tout le monde dort (2018)

Jérôme Clément-Wilz cède à l'urgence de témoigner sur les collectifs à l'origine des free parties parisiennes. Séduit par la liberté qu'ils poursuivent, une liberté qui brille et brûle à travers les grillages et les autorisations préfectorales, il se fond dans l'action et fait de la caméra une extension de son corps. La joie naît bien sûr de l'euphorie partagée de la fête, mais aussi de la transgression permanent…

La Favorite (2019)

De Canine à Mise à mort du cerf sacré, les succès de Yorgos Lanthimos reposaient jusqu'ici sur son sens grinçant et ludique de la sociologie. Le virage en costume de La Favorite était pour le moins inattendu... C'est que le réalisateur, pour la première fois, s'est emparé d'un scénario qui ne portait pas son nom. Bien lui en a pris : sa grammaire cinématographique s'en retrouve élargie et fortifiée. Appuyée par u…

Le Corbusier (2008)

Le modernisme architectural a fait son temps.

One More Time with Feeling (2016)

Nick Cave, en plein deuil de son fils, s'efforce de raconter des choses à la caméra, au cours d'une rencontre improvisée à laquelle tout le monde semble vouloir échapper. Les effets de manche cinématographiques se succèdent comme des versets de mauvaise poésie. Gênant.

Le docteur Jivago (1965)

Comme son personnage principal, le scénario se veut acte de poésie, et se place au-dessus des réalités politiques. Le succès de cette histoire d'adultère plaquée sur la révolution russe tient alors à la résonance entre les privilèges du docteur éponyme et ceux du public, animés par un même idéalisme pacifiste mais aussi par une certaine complaisance dans un confort dispendieux et inégalitaire. La reconstitution des …

The Transcendental Object at the End of Time (2014)

Le message porté par Terence McKenna ravive un humanisme profond qui fait défaut à l'époque contemporaine. Ce montage de 3h30, par contre, n'était pas le meilleur moyen pour le relayer : à l'échelle d'un documentaire, les sujets abordés sont trop nombreux, à peine articulés, et il eût fallu un minimum de commentaires en contrepoint.

La Chute (1956)

Camus vitupère contre un libre-arbitre qu'il ne parvient à chérir que sur le papier. J'ai longtemps conçu « il faut imaginer Sisyphe heureux » comme une rédemption optimiste. Et soudain j'ai vu l'incitation. Il le faut, sans quoi rien ne tient. Mais comment, ou pourquoi, s'abandonner à cet axiome ? L'échec de la raison tient peut-être en ce seul verbe.

Trois contes (1877)

Versatile mais toujours vibrant, le style de Flaubert le détache du simple moralisme.