Les Frères Sisters (2018)

Sans gouaille ni envie, cette escapade ricaine d'une coqueluche française suscite encore moins d'enthousiasme que Butch Cassidy and the Sundance Kid. Les acteurs se traînent mollement entre deux répliques ineptes de personnages en carton, sous le regard détaché de caméras numériques pas très heureuses. Les plans se succèdent avec des contrastes de teintes, de textures, de distances, de registres, au détriment de tou…

Choron dernière (2009)

Il n'est pas rare que les interviews filmées par Pierre Carles commencent à moitié en « off ». La caméra vient d'être allumée, la personne en face rectifie son attitude, et le documentariste confirme à voix haute que l'enregistrement a débuté. Ce dispositif de montage, en rien amateur, vaut pour piqûre de rappel : assister à un documentaire, ce n'est jamais seulement s'exposer à des faits incontestables, mais aussi …

Xiao Mei (2018)

Neuf proches se succèdent pour décrire la jeune Xiao Mei, tout autant que pour tenter d'expliquer sa disparition. Ce portrait in absentia vibre de dynamiques contraires. À la curiosité initiale succède la confusion polyphonique, pleine d'écarts et de contradictions. Et quand les témoignages semblent à nouveau converger vers une figure concrète et un mystère éclairci, les dernières rencontres rejettent dans un sou…

Mort à Venise (1971)

L'histoire d'un mec de droite qui mate un bel androgyne prépubère... En plus de faire passer le fantasme pour une recherche géniale de la beauté, Mort à Venise s'inscrit dans la triste lignée des œuvres encourageant l'intelligentsia à révérer la pédérastie. Sachant que la nouvelle d'origine a été inspirée par un garçon encore plus jeune (dix ans), même si la consigne est de regarder sans toucher, on est pas loin d'u…

The Norwood Suite (2017)

Dans The Norwood Suite, Cosmo D parvient à aiguiller ses idées surréalistes et foisonnantes afin qu'elles composent, non seulement un univers décalé et cohérent, mais aussi une intrigue à tiroirs assez complexe. Les conversations espionnées ou recueillies auprès des occupant·e·s du Norwood Hotel retracent en mosaïque le portrait d'un musicien excentrique ; ses compositions d'avant-garde aux pouvoirs ésotériques impr…

Building (2003)

Ce court métrage, point d'origine du jeu NaissanceE, et lui-même inspiré par le concerthall de Bruges, encapsule le décalage entre le brutalisme concret et le brutalisme médiatique ; entre l'humanisme maladroit des architectes des années 50 à 70, et le romantisme d'aliénation développé ultérieurement par d'autres artistes. Les espaces angulaires sont consommés et alimentés, non par les besoins des personnes, mais…

Hara-kiri (1962)

Kobayashi filme ses décors et ses personnages avec une dignité que son ami Kurosawa aurait honorée. En critiquant la noblesse de façade des derniers samouraïs, il dénonce plus largement la sacralisation des protocoles sociaux au détriment de la dignité des individus, dont souffrent particulièrement les groupes non privilégiés. Hara-kiri révèle lentement son histoire tragique, tout en entretenant une dimension lud…

Bages-Sigean à la rame (2006)

Commandée à l'origine pour un documentaire axé nature, cette balade sur un étang en périphérie de Narbonne est détournée par Pierre Carles et sa curiosité envers les habitants du lieu. Une cohorte éparse, partagée entre pêcheurs traditionnels et retraités en quête d'espace. Ces courts portraits s'inscrivent dans une étude de la vie et du travail à l'écart du progrès, qui sera poursuivie de façon plus frontale avec V…

Wonders Between Dunes (2017)

Je me retrouve avec la même impression globale que face à Fugue in Void : la direction artistique est ambitieuse, mais le design du jeu déçoit. Par design, j'entends à la fois les mécaniques et les intentions. En guise de fil d'Ariane, une série de sphères lumineuses guide la traversée des espaces monumentaux assemblés par Moshe Linke. Sauf que tout écart se termine en cul-de-sac, et aucune prise d'initiative n'a…

Eureka (2000)

Eureka cultive le temps de la guérison avec patience, humilité et espoir. Le film s'ouvre sur une violente prise d'otages, dont les trois survivants, captifs du sépia, lutteront pendant des années à s'extraire. Si la représentation du stress post-traumatique est en partie dramatisée, c'est pour mettre plus clairement en évidence l'exclusion des personnes qui en souffrent. Les victimes portent la responsabilité de…

Tenue de soirée (1986)

En voulant retrouver l'alchimie de Les Valseuses, ou peut-être le surréalisme de Buffet froid, j'ai jeté mon dévolu sur le deuxième plus gros succès commercial de Bertrand Blier. Douche froide. Tenue de soirée est un traquenard d'homophobie, qui fait son commerce sur à peu près tous les vieux mythes persistants : les homos sont des détraqués sociaux obsédés par le sexe, les homos veulent séduire et «&nbspconvertir;&…

Le regard d'Ulysse (1995)

Le Grand Prix de Cannes 95 est le revers triste de la Palme de la même année, le cabriolant Underground d'Emir Kusturica. Ici, Angelopoulos aborde la dissolution de la Yougoslavie avec beaucoup de brouillard et de morgue. Sur le prétexte de la recherche de trois bobines datant de la naissance du cinéma, le réalisateur campé par Harvey Keitel titube dans une odyssée à travers les Balkans. Le rôle des frontières et…

Cochon qui s'en dédit (1979)

Je trouve toujours étrange qu'on puisse demander à quelqu'un de défendre le choix de ne pas manger de viande, comme s'il n'y avait déjà pas assez d'explications et de témoignages ; comme si l'ignorance pouvait être autre chose que de la mauvaise foi. Pour me dédouaner de chercher à répondre à cette question aussi rarement que possible, je relaie pour une fois un docu. Tourné il y a 40 ans, il montrait déjà qu'ach…

La plage (1992)

remember that time when we went to the beach to catch the sunset and it turned out to be a transcendental cataclysm of molten gold?

D'autres mondes (2004)

Prédatant de plusieurs années Neurons to Nirvana et une poignée d'autres tentatives de réhabilitation, D'autres mondes fait valoir les usages thérapeutiques des substances psychédéliques. Parti sur les traces de guérisseurs péruviens usés au rite de l'ayahuasca, et laissant intervenir en parallèle plusieurs chercheurs d'universités respectables, Jan Kounen réduit l'écart perçu entre shamanisme et médecine occidental…

Ghost in the Shell: Stand Alone Complex (2002)

La série, du moins dans sa première saison, est loin d'être à la hauteur du film de Mamoru Oshii. Les épisodes indépendants, qui la composent pour moitié, ont des enjeux narratifs faibles, et ne contribuent que rarement à étoffer l'univers. Les autres épisodes entretiennent un rythme plus intéressant à suivre, mais qu'on ne s'y trompe pas : l'enquête policière qui leur donne leur cohérence ne développe que très peu …

Cristallisation secrète (1994)

Je ne suis pas en mesure d'établir si ça vient de la langue japonaise, de la traduction française, ou bien du style d'origine, mais j'ai trouvé ce roman assez... naïf ? Les mots de Yōko Ogawa sont simples, les descriptions des choses et des sentiments sont flottantes, mais moins poétiques que banales et atones. Certes, il pourrait s'agir d'un choix délibéré, visant à marquer l'ingénuité de la narratrice face à la…

Millennium Mambo (2001)

Difficile de ne pas voir en Millennium Mambo une suite désenchantée aux amants maudits des Wong Kar-wai des années 90. La pègre passe en second plan, la tension vient désormais des violences conjugales, mais plus encore, de l'égarement de l'héroïne. Elle n'est promise à personne, et l'amour ne parvient plus à étouffer le spleen nocturne. De l'indépendance promise par la ville, les rêves personnels ont disparu, et il…

Seule sur la plage la nuit (2018)

Les répercussions professionnelles et sentimentales de la révélation de sa liaison avec l'actrice Kim Min-hee, il y a deux ans, forment à la fois la motivation et le sujet de ce nouvel épisode de la filmographie de Hong Sang-soo. Leurs déboires personnels sont moins stimulants que les explorations narratives passées, mais ces enjeux et ces sentiments réels parviennent quelque part à désamorcer la menace chronique de…

Le voleur et le cordonnier (1993)

Twisted perspectives and confusing backgrounds from The Thief and the Cobbler, by one-time art director Roy Naisbitt. Movie production began in 1964, but stumbled for 30 years until a forceful release by a bond company. Eventually, a dedicated fan called Garrett Gilchrist took up to restore the director's vision, based on a bootlegged workprint and other art from the original animators. A mesmeriz…