The Transcendental Object at the End of Time (2014)

Le message porté par Terence McKenna ravive un humanisme profond qui fait défaut à l'époque contemporaine. Ce montage de 3h30, par contre, n'était pas le meilleur moyen pour le relayer : à l'échelle d'un documentaire, les sujets abordés sont trop nombreux, à peine articulés, et il eût fallu un minimum de commentaires en contrepoint.

La Chute (1956)

Camus vitupère contre un libre-arbitre qu'il ne parvient à chérir que sur le papier. J'ai longtemps conçu « il faut imaginer Sisyphe heureux » comme une rédemption optimiste. Et soudain j'ai vu l'incitation. Il le faut, sans quoi rien ne tient. Mais comment, ou pourquoi, s'abandonner à cet axiome ? L'échec de la raison tient peut-être en ce seul verbe.

Trois contes (1877)

Versatile mais toujours vibrant, le style de Flaubert le détache du simple moralisme.

La terre de la folie (2009)

Loufoque et pince-sans-rire, Luc Moullet enquête sur le flux de crimes qui traverse les villages d'un pentagone de folie rurale, comme le foehn alpin ou le nuage de Tchernobyl...

Saving Grace (2000)

La comédie du lundi soir, une châtelaine de Cornwall fait pousser du cannabis pour éponger quelques dettes, et finalement elle brûle tout parce que...? fumer c'est mal...?

L'Homme qui prenait sa femme pour un chapeau (1985)

Par le biais de troublantes études de cas, un neurologue anglo-saxon défrichait certaines frontières invisibles de la conscience humaine et de nos fragiles identités.

La classe américaine (1993)

Un des repères de ma jeunesse était en fait farci aux blagues homophobes et sexistes. Las.

Un grand voyage vers la nuit (2019)

Ce diptyque capiteux renvoie dos à dos, avec un détachement surréel, l'éternel et l'éphémère.

Love and Wolbachia (2017)

Organisé sous la forme de portraits successifs, ce documentaire japonais montre que les délimitations entre transidentité féminine, travestissement et mélange des genres, ne sont pas moins fluctuantes et subjectives qu'à l'époque des Funérailles des roses. En plus de témoigner du ressenti intérieur de ses sujets, le film s'intéresse aux dynamiques sociales induites par ces caractères non-normés, dont l'expression af…

Novecento : pianiste (1994)

Une variation sur le mythe du génie : cette fois un pianiste orphelin qui passe sa vie sur un paquebot. L'histoire est courte et sympathique, son style est incisif et artificiellement complice, comme une punchline qu'il ne faut pas essayer de creuser.

Night in the Woods (2017)

Le désenchantement américain post-industriel à travers les yeux écarquillés d'une dropout de 20 ans en mal de soutien psychiatrique, sur fond d'enquête mystérieuse et d'horreur cosmique. Kentucky Route Zero meets Twitter. Les sentiments passent un peu par les décors, beaucoup par les dialogues : les personnages sont bien mis en relief, mais sur la durée, cette interaction polyphonique m'a un peu usée. Par contre la …

L'ange (1982)

Masks, optics, research, craftsmanship. And stairs. Lots of stairs. The right pose shall be more faithful to movement than movement itself. I shall guide, I shall split, I shall reveal.

Glass (2019)

Hélas, Glass tend plus vers le quitte que le double. Acteurs moyennement inspirés, scénario boîteux et soliloquant, image plate, décors inexistants... D'ailleurs, il faut du culot pour critiquer à demi-mots Marvel, et en même temps filmer un climax sur un parking ! Le sous-texte n'émerge qu'à la dernière demi-heure, et même si son idéalisme fait chaud au cœur, il s'agit peu ou prou d'une redite de La jeune fille de …

La Caste des Méta-Barons (1992)

L'univers graphique de Jodorowsky ne se laisse pas facilement réduire —moins encore que celui qu'il révèle par ses films. Liens du sang, sexisme, transidentité (si si), sacrifice, poésie, tout s'emmêle dans un capharnaüm épique. Et les dessins de Gimenez, étonnamment, parviennent à soutenir cette exaltation permanente. À souhaiter que les producteurs de science-fiction s'y penchent un jour... quand les technologies …

Detox or Die (2004)

David Graham Scott, cinéaste, raconte son rapport à l'héroïne et la méthadone, et son ultime recours à l'ibogaïne pour se débarrasser de son addiction. La première moitié du documentaire montre brièvement le quotidien de quelques junkies à Glasgow, entre petites combines et injections tristes. Le ton naturaliste et l'authenticité du témoignage font mentir le titre tapageur (et ridiculisent aussi nombre de dramatisat…

Un berger et deux perchés à l'Élysée ? (2019)

J'écrivais : [...] le fossé qui sépare, en termes d'encensement public, Les nouveaux chiens de garde et Fin de concession (ou Hollande, DSK, etc.), n'a rien d'un mystère. Qu'il soit trop punk, trop amer ou trop fauché, Pierre Carles ne verse pas dans les animations divertissantes et l'humour travaillé. Plus équilibré, son travail passe paradoxalement pour plus militant et plus confidentiel, parce qu'il se soucie …

Fort Bronx (1980)

Avec ses courses-poursuites increvables et son regard acide sur la ville, Night of the Juggler rappelle autant William Friedkin que Michael Mann. Rejeté aux bas-côtés de la cinéphilie contemporaine (parce que son metteur en scène ne se qualifie pas comme auteur ?), le film ne manque pourtant pas d'énergie ni de vision.

Ne coupez pas ! (2019)

Plus que le scénario malin, héritier de chassés-croisés narratifs déjà à l'œuvre dans Scream ou The Cabin in the Woods, et plus que la performance d'un plan-séquence aussi étudié que fougueux, c'est l'enthousiasme de l'équipe qui emporte et fait la réussite de cette comédie d'horreur anti-académique —pour peu qu'on embrasse un cinéma évidé de tout mystère.

Le pays où rêvent les fourmis vertes (1984)

Cette fiction, à la mise en scène réservée, s'avère plus ouvertement militante que n'importe quel documentaire de Herzog (on sait cependant son indifférence à définir toute frontière entre les deux registres). Bruce Spence y joue de façon convaincante un homme blanc qui prend la mesure des injustices subies par les aborigènes, en premier lieu desquelles, l'expropriation de leurs territoires ancestraux, entérinée par…

Trafic (1971)

Un faux film sonore, où les dialogues se réduisent à des bruits d'ambiance noyés dans le trafic éponyme. Travail à la chaîne, consommation de masse : la société est abasourdie par sa propre évolution. Le progrès virevolte partout en voiture jaune, il ne tient pas en place, change constamment ses habits, se croit tout permis, s'effondre et se relève pour un rien.