Just Shapes & Beats (2018)

Entre bullet hell et jeu de rythme, Just Shapes & Beats est un bonbon de synesthésie dont les premières doses dilatent les pupilles et les tympans. Le travail graphique phénoménal et les morceaux EDM/chiptune se fondent dans une transe rarement interrompue (le jeu reste assez permissif dans son mode standard de difficulté). En bonus, les niveaux sont proposés dans un mode coopératif —une bonne façon de partager ce p…

Aquaria (2007)

Ce Metroidvania de bonne facture ne se démarque pas particulièrement par son gameplay, mais les décors expressifs et la musique soignée façonnent des ambiances riches, qui étoffent un récit sombre et intime.

Sur le chemin des glaces (1978)

Convoité pendant plusieurs années, recherché sans succès dans de multiples librairies, entamé en confinement national, poursuivi à la dynamo pendant une coupure de courant, et terminé dans la surprise d'une insomnie : ce petit livre porte une aventure qui lui va bien. Il s'agit, je crois, du premier carnet de voyage que je lis, et c'est peut-être avec des platitudes que je m'apprête à le commenter. Herzog apprend…

Peterloo (2018)

Faut-il s'étonner qu'un tel brûlot politique ne soit pas parvenu à nos salles de cinéma ?

Le Tango de Satan (1994)

Paradoxalement, c'est dans une durée gargantuesque que Sátántangó trouve son caractère irréductible. Le plus noir et blanc des cocons offre de nous engloutir dans la prière et l'adoration païennes d'une poignée de prolos désolés, bacilles conscientes perdues au centre d'une plaine infinie. À charge d'Irimiás, prophète misérable et miraculeux, de secouer les grilles de la cage fangeuse dans laquelle cette cohorte pat…

Hypnocult (2019)

Sentir son cerveau tirer de nouveaux câbles, comme avec Super Hexagon... Travailler les niveaux 2, 3 et 4, parce que le 1 est devenu trop lent à supporter...

Cobra Verde (1987)

Parvenus à leur ultime collaboration, Kinski crépitait de ses dernières étincelles, mais Herzog restait alerte comme à ses premiers projets. Peut-être encore plus, du fait de tourner sur ce continent africain qui l'intrigue, lui résiste et le malmène (la production de Fata Morgana demeure édifiante à ce niveau). Le personnage de Cobra Verde, bandit acide dont les premiers déboires brésiliens n'étaient pas sans rappe…

Night Is Short, Walk On Girl (2017)

Masaaki Yuasa récidive avec un long-métrage dérivé de l'anime The Tatami Galaxy. Même si je grimace un peu par rapport au rôle qu'y tient l'alcool, la fanfare hédoniste de cette nuit à Kyōto est irrésistible, à la fois drôle et palpitante, exaltante presque comme si on y était. Ici, toute aventure est bonne à prendre, et l'inaction serait un gâchis. Ici, vivre c'est explorer, essayer, découvrir, avec le parachute ra…

Sortilège (2020)

Je sais gré à ce mystérieux film tunisien d'esquisser des pistes sans jamais s'engager à répondre. La mise en scène reconnaît d'ailleurs que l'intérêt est moins dans l'écriture que dans l'atmosphère développée autour de la retraite sociale des protagonistes, à coups de musique prog lancinante et de plans-séquences pas piqués des hannetons.

Un homme qui dort (1967)

Comment jamais cesser d'emmêler Pennac et Perec, alors que dans deux livres empruntés simultanément et dont je ne connaissais rien d'autre que les auteurs respectifs, j'assiste à la même déliquescence dépressive, explicitement inspirée d'une même nouvelle de Melville ?

Slacker (1991)

En fait, la persistance de Slacker ne tient pas à son défilé d'énergumènes hors normes, mais bien plutôt à l'absence de toute norme perceptible. Il suffit à Linklater de vignettes de deux ou trois minutes pour tirer toute une vie de chaque interprète. Le film persiste parce que, dans leur diversité collective et leur incomplétude individuelle, les personnages persistent dans la diégèse, au-delà de leur disparition i…

Werner Herzog: Filmemacher (1986)

Pour qui connaît déjà les films de Herzog et ses principales anecdotes de tournage, le documentaire s'avère plutôt redondant. Quelques miettes demeurent, notamment sur la relation du cinéaste avec la marche... mais ce sujet est mieux couvert dans le plus récent simili-portrait Nomad: In the Footsteps of Bruce Chatwin.

Mon frère (2018)

Un petit essai d'inspiration autobiographique où, par un jeu d'alternance entre chapitres à la première personne et extraits de la nouvelle Bartleby de Melville, Daniel Pennac met en regard la complicité et l'incompréhension qui le rattachaient à son frère aîné. L'identification au notaire du texte rapporté, qui cherche sans succès à percer l'apathie apparente du personnage éponyme, est rapidement évidente. Une lect…

L'Arabe du futur (2014)

Sous une perspective enfantine, mais pas moins sérieuse, Riad Sattouf assemble un témoignage social de premier ordre autour des thèmes de la famille et de la transnationalité (il manque un mot pour désigner ce tiraillement entre deux cultures), ainsi que du racisme, de l'antisémitisme et du patriarcat. À titre plus personnel, j'ai aussi trouvé très éclairantes ses explications, menées en filigrane, autour de la géop…

Une île (2020)

Six épisodes de plans silencieux et de regards perdus, pour figurer une poésie indéfinie...

Wet Season (2020)

À quoi sert ce film ? Faire du pied à la prod de Haneke, mais sinon ?

Uncut Gems (2020)

Le film rappelle Mean Streets, et Adam Sandler renvoie encore plus directement à Al Pacino. La mise en scène est tonique, elle est consciente de son moteur d'addiction, de son high cristallin constamment hors d'atteinte, et de notre plaisir à voir un homme se détruire. Et sinon, Daniel Lopatin qui plagie à moitié l'OST de Blade Runner, on en parle ?

La cravate (2020)

À l'image de son sujet, le documentaire, malgré ses airs sympathiques, n'accomplit pas grand-chose de bon. Avec juste ce qu'il faut de neutralité pour ne pas paraître mener un procès d'intention, mais tout de même pas au point de s'interdire une ironie de connivence, le film confortera les gauchos qui ont accès aux cinémas art et essai dans leur dédain pour l'électorat lepéniste, tandis que chez les droitiers qui en…

1917 (2020)

En tant que film d'action, ça marche assez bien. Le souci, de taille, c'est de s'être servi de la guerre pour faire du spectacle, d'avoir maquillé l'horreur et l'absurdité en aventure et en manichéisme pépère. Cette « négligence intéressée » tient de la faute morale...

Histoire d'un regard (2020)

Mariana Otero plonge dans les archives de Gilles Caron, un reporter français qui a marqué la fin des années 60. Ses recherches minutieuses et sa mise en scène intelligente ne permettent pas seulement d'analyser l'œuvre d'un photographe : elles font revivre une personne, dans ses doutes, dans ses voyages, jusque dans ses pas et dans son regard.