Sur le globe d'argent

Na srebrnym globie

un film de Andrzej Zulawski (1988)

[lien IMDb]

vu le 12 septembre 2016 au Forum des images

Le culte de la honte

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Sur le Globe d'Argent est un des plus grands gâchis de l'histoire du cinéma. Pas parce que le film est émaillé de trous du fait d'une production prématurément interrompue (en remplacement, une voix-off narre les événements qui étaient prévus, sur un fond visuel plutôt neutre), mais parce que Zulawski jouissait d'une vision, d'un perfectionnisme et d'une équipe qui pouvaient l'amener n'importe où, et qu'il a choisi de rendre l'expérience à la fois imbuvable et imbitable pour les spectateurs.

Franchement, quand au bout de cinq minutes un personnage est en train de harceler la caméra en hurlant des phrases grandiloquentes sur la mort, la civilisation et le libre-arbitre, tu sens déjà que ça pue. Ces leitmotivs, pendant l'heure et demie que je me suis forcé à avaler, n'ont malheureusement jamais tari. La dernière heure, je vous la laisse.

Il y a des passages où la vue à la première personne est plutôt intéressante, mais dans l'ensemble la caméra à l'épaule sans arrêt, je trouve ça atroce. En fait, c'est d'autant plus frustrant que les décors sont splendides, l'éclairage est magnifique, les costumes et les maquillages sont ambitieux, mais Zulawski refuse de jamais admirer son propre travail. Que le type préfère s'épancher en citations mystiques et ne s'aime pas en tant qu'être humain, c'est son problème, mais je refuse qu'on m'impose cette auto-flagellation, alors qu'on est entouré de merveilles quoi. Bordel.

En parallèle de cette caméra indomptable, il y a trois possibilités : soit les acteurs halètent leur texte au bord de la pire crise de nerfs de leur vie, soit ils le hurlent pendant qu'ils vivent la pire crise de nerfs de leur vie, soit personne ne parle mais alors on a droit à de la musique et des sons terrassants et pas moins insupportables. J'ai fait gaffe au rythme, et cette alternance oppressante est vraiment quasi systématique. Ayant dûment constaté que le deuxième des trois temps du film ne rejetait en rien les tares du premier, j'ai préféré déclarer forfait. De façon très ironique, c'est exactement ce que je voulais fuir en refusant de voir Possession... Je l'ai dans l'os.

Et donc les textes. Le scénario est extrêmement bavard, parce que pensez-vous, le reste ne va déjà pas assez vite. On nous mitraille de références bibliques et de jugements métaphysiques à l'emporte-pièce. C'est mentalement impossible à suivre tellement ça part dans tous les sens, et pourtant je me trouve généralement pas con. Personnellement, entre raconter n'importe quoi (mais je place encore Zulawski au-dessus de ça) et ne pas laisser au public la moindre chance de comprendre ce que tu racontes, le résultat est le même, et je ne fais guère la différence...

Les tirades qui s'enchaînent n'ont aucun sens individuel, mais je concède de vagues évocations une fois mises bout à bout. Chamanisme mensonger, solitude transcendante, religion de consolation, servitude aveugle... Ça rejoint tout à fait la mise en scène qui refuse de voir la beauté en face de ses yeux ; ah oui, c'est cohérent, mais ô combien cruel, et surtout, inutile ! Que celui qui a su tirer le moindre enseignement pertinent et concret de ce festival d'auto-apitoiement parle, ou bien se taise à jamais. Parce que c'est une chose de dire que Sur le Globe d'Argent mentionne des trucs ici et des machins ailleurs, mais quand il s'agit de gratter la surface et d'expliquer où sont les propositions de fond pertinentes, je trouve plus personne.

Moi je n'aime pas me rouler dans la misère orgueilleuse des classiques lourdingues, je déteste faire semblant de comprendre les affabulations d'un auteur qui dégueule toutes les idées qui lui passent par la tête, et surtout, j'exècre cette misanthropie vaniteuse qui fait passer les escroqueries intellectuelles pour des thèses inestimables. À bon entendeur...