Sans soleil

un film de Chris Marker (1983)

"La poésie naît de l'insécurité : Juifs errants, Japonais tremblants. A vivre sur un tapis toujours prêt d'être tiré sous leurs pieds par une nature farceuse, ils ont pris l'habitude d'évoluer dans un monde d'apparences fragiles, fugaces, révocables, des trains qui volent de planète en planète, des samouraïs qui se battent dans un passé immuable : cela s'appelle l'impermanence des choses."

Mais sérieux qui ose écrire ce genre de gloubi-boulga naïf et condescendant sur le Japon ? Pire encore, qui ose l'enregistrer en voix-off pour en faire un film ? Je sais pas si je tiendrai jusqu'au bout, mais c'est bien pire que La Jetée et je crois que j'ai tous les arguments pour dire que Chris Marker c'est le poète trop dark de ta terminale L tmtc, qui croit avoir tout compris à la vie et au cinéma alors que désolé mais il se plante complètement et son orgueil achève de le rendre ridicule.

Bon, au-delà de cette écriture qui me donne envie de décapiter des chatons, la plus grosse erreur de Marker c'est de croire qu'on peut filmer la vie dans sa riche banalité. On peut la faire découvrir, l'expliquer, la sublimer, mais toute tentative de capture, de pure reproduction, si humble soit-elle, est forcément vouée à souffrir de la comparaison avec le réel que le spectateur n'est évidemment pas en train d'expérimenter. Ça n'a juste pas d'intérêt, et ça me semble tellement évident que la bêtise de la pensée contraire m'a franchement agacé.

Allez, encore un passage de la voix-off, qui pourrait me faire rire si elle ne se prenait pas aussi horriblement au sérieux : "Pour le moment, l'indépassable philosophie de notre temps est contenue dans le Pac-Man. Je ne savais pas, en lui sacrifiant toutes mes pièces de cent yens, qu'il allait conquérir le monde : peut-être parce qu'il est la plus parfaite métaphore graphique de la condition humaine. Il représente à leur juste dose les rapports de forces entre l'individu et l'environnement, et il nous annonce sobrement que s'il y a quelque honneur à livrer le plus grand nombre d'assauts victorieux, au bout du compte, ça finit toujours mal."

Comme une de ces fameuses copies de philo : "De tout temps, l'Homme... etc."