Cobain: Montage of Heck

un film de Brett Morgen (2015)

Hors-série grunge pour Paris Match

Je pensais que ce Montage of Heck serait garant d'un minimum d'expérimentation cinématographique. Et je croyais que ce Kurt Cobain allait enfin me faire comprendre ce que le martyr blondinet avait de génial, n'ayant jamais cerné pourquoi les foules se pâmaient devant ses gémissements dépressifs. Je confesse pourtant, avec un sourire en coin attendri et condescendant envers mon adolescence tendrement acnéique, une phase de lycée où je n'écoutais presque rien en-dehors d'Indochine et des White Stripes, et en mélangeant les deux ça donnerait presque Nirvana, presque. Mais bref, échec sur les deux tableaux.

Visuellement, on retrouve les codes des autres productions documentaires HBO, Sonic Highways et Scientology and the Prison of Belief en tête. Je ne serais pas surpris s'il s'agissait des mêmes techniciens à chaque fois. Pas que ce soit intrinsèquement moche (à part quand ils animent les dessins macabres de Kurt, fœtus et intestins en pagaille, ugh), mais c'est très plastique, et les face-à-face avec les intervenants sont un poil trop dramatisés. Comme le réalisateur se paye le luxe d'un montage de 2h15, forcément il y a un moment où ça devient agaçant.

Ma plus grande gêne vient de la démarche adoptée pour le portrait de Kurt Cobain, un mélange vite écœurant de voyeurisme éhonté et d'hagiographisme un peu risible. Les archives super-intimes feront peut-être le bonheur des fans maladifs, mais perso je me moque des dessins de dinosaures qu'il a faits à cinq ans presque autant que des journaux remplis de « kill yourself » et autres « rape is good » vingt ans plus tard. Pour comprendre qu'une enfance banalement difficile lui a laissé des séquelles handicapantes, pas besoin de glorifier ses penchants suicidaires en filmant ses griffonnages sous tous les angles... C'est d'autant plus malsain que cette fascination morbide du public pour ce fantasme d'ange malheureux est, bien plus que l'héroïne, la cause première de la mort du bonhomme. En ça, Montage of Heck reproduit exactement la même faute fondamentale que le documentaire sur Amy Winehouse sorti à juste quelques mois d'écart.

Reflet de sa production américaine plutôt que britannique, ce que Kurt a de plus qu'Amy (mais je n'aurais pas été contre m'en passer), c'est une multitude de proches qui s'excusent devant la caméra pour n'avoir rien vu, et qui trouvent aussi mille justifications pour les penchants auto-destructeurs de leur cher et tendre. M'enfin, le gars beuglait son désespoir au micro plus fort que n'importe qui, faudrait arrêter une bonne fois pour toutes d'y voir un néo-Rimbaud et de le croire au-dessus d'une bête thérapie au Xanax. Sauf que, rien à faire, Brett Morgen se refuse à discuter des traces de créativité musicale qui auraient pu constituer un éloge honnête envers Cobain, préférant se délecter de tous les avatars du jugement douloureusement méprisant que la star pas du tout maudite portait sur elle-même. Et le sensationnalisme, c'est toujours aussi moche.